‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 160 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

la mort de Christ, tantôt au nom da Père incréé, du Fils qui a été créé, et de FEsprit sanctifiant créé par le Fih créé « . Par une réminiscence inexplicable de Marcion et de Manès , il ne plongeait dans l'eau baptismale que la tête et la poitrine des baptisés , regardant le reste comme impur et infime > . Était-ce la même préoccupation qui lui faisait dire (fu'en Jésus-Christ le logos et la nature humaine étaient unis , non par la substance , mais par leurs facultés ? Il exagérait Arius et Apollinaire. Disciple d'Aëtius, il affectait un insolent mépris pour les prophètes et les apôtres , et refusait à leurs écrits toute autorité 3 . A ses yeux , le culte des reliques était une impiété ; et ses partisans , qui eussent voulu l'adorer lui-même , fuyaient avec horreur, comme un lieu souillé, toute église consacrée aux martyrs^. Comprenant bien que pour faire secte il faut plus que des subtilités et des abstractions , Eunomius rejetait la foi et les œuvres , et enseignait que la connaissance du Père et du Fils conduit à la vie éternelle sans la vertu , et à quelques fautes qu'on s'abandonne s. S. Jérômo lui attribue la maxime des Épicuriens : Mangeons et buvons, nous mourrons detnain ^. Au dire de S. Grégoire de Nysse , il avait introduit dans la célébration des mystères des choses que la pudeur ne permet pas de raconter 7. Sozomène, au contraire, assure qu'il s'efforçait de faire passer les nouveautés de ses enseignements sous les apparences d'une grande sévérité « .

Les illustres Cappadociens, Grégoire de Nazianze, Basile , son frère Grégoire de Nysse , consacrèrent à la réfutation

* Theod., hœres. 1. 4, c. 3.— Soiom., 1. 6, c, 26 el 27, et 1. 7, c. 17.— Philost., 1. 10, c. 4. — Tillem., t. 6, p, 615.

3 Theôd., ibid. — Epiph., /icrr. 76. — Greg. Naz., orat. 23, t. 1, p. 615.

* Epiph., hœr. 76.

* S. Hier. , adv. Tigil., t. 4, ail. part., p. 285.

* Epiph., ibid, — Nat. Alexaud., loc. cit, — Greg. Nyss., 11, « S. Hier, m Etech,^ c. 13, l. 3, p. 775.

^ Gr. Nyss., coni. Eunom, i, etc.

* Soiom., ibid.

323 S. JBâN CHRYSOSTOME.

d'Eunomius (f admirables travaux : le premier, dans quelques-unes de ses grandes homélies > y le second dans un traité spéciai *^, suivent pas à pas le sophiste dans le dédale de ses subtilités , et discutent un à un tous ses arguments. Eunomius attendit, pour répliquer, la mort de S. Basile; mais il se trouva inopinément devant un autre adversaire plus redoutable peut-être , quoique moins renommé. Plus jeune et moins éloquent que son frère , mais plus instruit , plus versé dans Tétude de la philosophie , Grégoire résolut de le venger, et reprit le combat avec Thérésiarque. Dans ses douze livres contre Eunomius , où il déploie autant de pénétration que de savoir, autant d'élévation et de grandeur de vues que son antagoniste en avait peu , il se place sur le terrain de celui-ci , parle sa langue , et , restituant aux textes de rÉcriture leurs sens, aux termes scientifiques leur valeur, il montre que ses raisonnements ne sont que des pétitions de principe , et met à néant toul cet échafaudage d'idées fausses , d'assertions sans preuves, de formules creuses, de contradictions , qa*Eunomius appelait son système.

Abattus sous ses coups, les Anoméens furent achevés par les lois de Théodose. Il leur fut interdit d'avoir aucune église , de tenir aucune assemblée , d'ordonner aucun évéque , de discuter en public aucune question religieuse ^. Mais les réunions clandestines remplacèrent les réunions au grand jour ; et les mesures légales , sous lesquelles la secte déclina rapidement , ne l'empêchèrent pas de compter encore de nombreux adeptes dans certaines villes , à Antioche , par exemple, le pays d'Aëtius, où était un évéque anoméen.

La renommée de Chrysostôme attirait à l'église même les dissidents , charmés d'entendre , eux aussi , le grand orateur, dont la charité rehaussait si fort l'éloquence.

1 Gr. Nsz., drat. 29, 30,31.

3 Bas., 1.5, in Bunam»

> Sozom., 1. 7, c. 12 ^

Page 1