‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 161 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Il remarqua leur assiduité ; mais , craignant d'éloigner la proie gui courait ctelle-même au filel « , il évita d'abord toute allusion blessante pour cette classe d'auditeurs. Le stratagème lui réussit au-delà de son espérance. Les Anoméens se laissèrent aller peu à peu à l'attrait de sa parole , si bien qu'il eut bientôt pris sur eux l'ascendant naturel d'un grand talent uni à une grande vertu.

Dès que Jean se crut assez avancé dans leur estime pour aborder la controverse sans les choquer, il attaqua la doctrine d'Eunomius , non pour humilier ses partisans , mais pour les éclairer, non pour frapper des ennemis, mais pour relever des blessés. Les armes que j'emploie, disait-il , guérissent les blessures au lieu den faire «. 11 fut d'ailleurs provoqué à la lutte par les Anoméens eux-mêmes ^ . Nous avons neuf homélies prononcées à cette occasion , non de suite et sans interruption, mais assez rapprochées pour que la dernière entendue servit de préparation à celle qui suivait. L'orateur attaque par sa base le système d'Eunomius. Au lieu de le suivre pas à pas dans le dédale de ses subtilités, comme l'avaient fait S. Basile et S. Grégoire de Nysse, il ne s'applique qu'à établir Tincompréhensibilité tie la nature divine. C'était là, en effet, le pivot de la discussion avec Eunomius , et tout l'échafaudage croulait devant cette seule observation qu'il est une foule de vérités , admises de tous , que la raison de l'homme n'explique ni ne comprend.

Cette thèse de l'impuissance de l'esprit humain à comprendre Dieu , à déterminer par lui-même son essence , est l'objet des cinq premiers discours contre les Anoméens. Jean la développe avec moins de méthode et de portée philosophique qu'Hilaire de Poitiers dans ses admirables livres

1 Chryg., t. 1, p. 450.

« Ibid, s /6td.

824 S. JEAN CHRYSUSTOME.

sur la TriDité * , avec moins de vigueur et d'élévation que Grégoire de Nazianze dans ses célèbres théologiques , avec moins de profondeur et de savoir que Grégoire de Nysse dans ses discours contre Eunomius ; mais certainement d'une manière plus accessible au commun des intelligences , plus propre à faire impression sur l'auditoire qu'il a devant lui , unique objet de son zèle. Il n'écrit pas pour les doctes ; il parle pour les masses. Il veut , non pas léguer à l'avenir un monument de. science et de talent, mais détruire dans Fesprit de ceux qui l'écoutent des sophismes devenus populaires à force d'être répétés , affermir la foi des uns , ébranler l'orgueil des autres, faire aimer la vérité ; et c'est pourquoi , loin de s'abandonner au vol de sa pensée en laissant à terre ses auditeurs étonnés ou distraits , il demeure au milieu d'eux , converse avec eux , ne songe qu'à eux.

« Un homme a osé dire , s'écrie-t-il : Je cannais Dieu comme il se connaît lui-même. Est-ce la peine de réfuter? Est-ce la peine de prouver? Reproduire une pareille assertion, n'est-ce pas en découvrir toute labsurdité? Ce n'est pas autre chose , on effet , qu'une folie évidente , une extravagance inexcusable, un nouveau genre d*impiété. Personne jamais n'eut une telle pensée , ne tint un pareil langage. Songe, malheureux, qui tu es et quel est celui que tu scrutes avec tant de curiosité ! Homme , tu t'ingères dans les choses de Dieu. Ces deux noms rapprochés démontrent la grandeur de ta folie. L'homme n'est que cendre et poussière , chair et sang , herbe des champs et fleur de l'herbe , ombre , fumée , vanité , tout ce qu'il y a de plus cbétif et de plus vil. Et ce n'est pas moi , ce sont les prophètes qui parlent ainsi , non pour déprécier la nature humaine, mais pour réprimer une arrogance insensée. Entendez ce que dit le patriarche ; Je suis (erre et cendre^.

> Hil., de Trin., 1. 1, c. 13; I. 3, c. 5i. 3 Gènes. 18.

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