‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 162 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Cependant il s'entretenait avec Dieu; mais cela môme, loin de Tenorgueillir, le rendait. plus modeste. Et des hommes qui ne sont pas Tombre de celui-là , se regardent comme supérieurs aux anges ; n'est-ce pas la preuve d'une extrême démence ? Quoi ! c'est Dieu que tu scrutes , lui qui n'a pas de commencement , l'immuable , l'incorporel, Félemel, qui est partout, qui est au-dessus de tout!...

» Vois ce ciel si beau , si grand , couronné de ces innombrables chœurs d'étoiles. Il dure depuis cinq mille ans, et cette longue existence ne l'a pas vieilli ; il conserve à jamais la fleur de la jeunesse. Eh bien! ce Dieu que tu soumets aux bornes de tes raisonnements, il a fait cela, comme qui bâtirait une cabane, en se jouant... Compte les nations qui habitent la terre : les Syriens , les Ciliciens , les Cappadociens , les Bythiniens , la Thrace , la Macédoine , la Grèce , les Iles , l'Italie , les Bretons , les Sauromates , les Perses , les Indiens , et tant d'autres dont nous ne savons pas même les noms. Et ttms ces peuples , dit le Prophète , sont en présence de Dieu comme une goutte dleau. Dis-moi quelle portion tu es de cette goutte d'eau , toi qui prétends comprendre Dieu ! Mais à quoi bon parler de la terre , de la mer , du genre humain ? Montons au ciel par la pensée , abordons les anges. Un seul ange , vous le savez , vaut à lui seul plus que toute la création visible... Or, il y a là-haut des myriades de myriades d'anges , d'archanges , de trônes , de dominations , de principautés , de puissances , d'innombrables tribus , des peuples inénarrables de vertus incorporelles. Et tout cela , Dieu l'a fait avec une facilité qu'aucune parole ne peut exprimer. Il lui a suffi de vouloir, et le monde visible et le monde invisible ont reçu l'être de sa volonté... Et tu n'as pas honte de ton arrogance ! Et tu ne te caches pas sous terre , pour avoir osé dire que tu pouvais scruter et comprendre celui qu'il nous est permis à peine de

glorifier et d'adorer ! . . . Homme , qui es-tu pour répondre à Dieu « ?

> Noas sommes ici-bas comme des enfants. Un enfant voit , entend , dit beaucoup de choses ; il n'en comprend aucune parfaitement. Ainsi, de moi: je connais beaucoup de vérités dont j'ignore la raison. Je sais que Dieu est partout y tout entier : comment? Je ne le sais pas. Je sais qu'il est sans commencement , inengendré, éternel: comment? Je ne le sais pas. La raison humaine ne peut comprendre comment une substance peut exister quand elle n'a reçu l'être ni d'elle-même ni d'un autre. Je sais que Dieu a engendré un fils : comment? Je l'ignore. Je sais que l'Esprit- Saint procède de lui : comment? Je l'ignore. Je prends des aliments : comment sont-ils changés en sang , en bile , en humeurs? Je l'ignore. Quoi ! ces choses que nous voyons, que nous faisons tous les jours , nous en ignorons la nature, et nous prétendons scruter l'essence divine !

» Où sont-ils ceux qui se vantent d'avoir la plénitude de la science , et qui sont tombés par cela même dans un abyme d'ignorance ^ ? . . . Demandez - leur ce que c'est que la substance de Tâme. Est-ce de l'air? du vent? un souffle? une flanune? Rien de cela , assurément ; car tout cela est corps, et l'âme est incorporelle... Que dis- je? Non-seulement ils ne connaissent pas la substance de l'âme, mais nul ne peut dire comment elle est dans le corps. Est-elle répandue dans la masse? Il y aurait absurdité à le soutenir, car une telle manière d'être est le propre des corps. Gela ne peut se dire de l'âme , et en voici la raison : les mains et les pieds coupés, l'âme demeure entière; on mutile le corps, on ne mutile pas l'âme. Mais si elle n'est pas répandue dans le corps entier , a-t-elle son siège dans une partie du corps? Alors les parties qu'elle n'occupe pas

* Ad Rom.t c. 9.

2 Chrys.. t. 1, p. 4i7

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