‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 166 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

moment où il ressuscite Lazare, ses prières aa Jardin des olives et ailleurs. Jean discute ces passages , les explique, en démontre le vrai sens , en signale la portée , en grand et profond exégète.

« Le Verbe fait chair, dit-il , voulait confondre d'avance deux sortes d'hérétiques : ceux qui nient sa parfaite divinité, ceux qui mettent en doute son incarnation. De là vient qu'il parle tantôt en Dieu et tantôt en homme. S'il n'eût jamais parlé qu'en Dieu , on n'eût vu que le Dieu , et l'économie de la rédemption élait méconnue. Mais en entremêlant les langages et les rôles, il réfute par anticipation Marcion , Manës , Valentin , une foule d'autres , et il devient clair pour tous qu'il s'est fait homme , non pas en apparence seulement, en prenant la forme d'un homme, mais en s'unissant véritablement et réellement à la nature humaine. C'est pourquoi vous le voyez tour-à-tour prédire sa passion en Dieu et la redouter en homme ; c'est pourquoi , après avoir dit : Mon père et nioi nom sommes un, il s'écrie : Que voire volonté. Père y soit faite, et non pas la mienne, montrant ainsi en lui-même deux volontés ; c'est pourquoi encore il n'a pas revêtu l'humanité dans la fleur de la vie , mais il a préféré naître , passer par l'enfance, s'abreuver du lait d'une mère, grandir et vivre long- temps comme nous, afin que cette longueur même de son séjour sur la terre et les circonstances qui l'ont accompagné , prouvent sans réplique qu'il est homme aussi réellement qu'il est Dieu «. L'homme prie : Dieu commande. Faut-il punir, récompenser, remettre les péchés, porter des lois , vous le verrez, non pas invoquer son père , mais procéder avec autorité. S'agit-il de guérir le paralytique? Prends ton lit et marche. De délivrer une âme du péché? Aie confiance, mon fils, tes péchés te sont remis. De chasser le démon ? Esprit mau*

> Chrys., t. 1 , p. 504, 511 et pauim. — Des passages de ce discours ont été cités dans le sixième concile général.

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vais, sers de cet homme. De réprimer la fureur de la mer? TaiS'êoi, et fais silence. De rendre la santé au lépreux? Je le veux, sois purifié. D'arracher une victime à la mort? Jeune fille, lève toi. De juger le monde? Venez, les bénis de mon Père.,. Allez, maudits, au feu étemel... Voyez comme il fait tout avec une autorité souveraine. Il guérit les malades , pardonne les pécheurs , ressuscite les morts , commande aux tempêtes, donne le ciel, condamne à l'enfer, fait trembler d'un mot les démons eux-mêmes. N'est-ce pas d'unDteu^?»

Un théologien catholique , le Père Vasquez ^ , a prétendu qu'en combattant , dans ses adversaires , la prétention de connaître Dieu comme il se connaît lui-même, Chrysoslôme non-seulement leur avait prêté une opinion absurde qu'ils n'avaient pas , mais s'était laissé entraîner par l'ardeur de la controverse , jusqu'à nier la vision intuitive de Dieu dan$ le ciel. Nous croyons que Vasquez s'est doublement trompé. D'abord, des témoins contemporains, éclairés et irrécusables, S. Épiphane, S. Grégoire de Nysse, S. Jérôme attestent que la doctrine ' attaquée par le saint docteur était bien celle des Anoméens. En second lieu, n'est-il pas évident que celui-là n'a pas nié la vision intuitive , qui écrivait à son ami Théodore : « Pierre , sur la montagne , n'aperçoit qu'une image confuse des biens futurs , et la joie qu'il éprouve à cette vue lui fait tout oublier. Que sera-ce quand la réalité nous apparaîtra , quand le palais du roi s'ouvrira devant nous, et qu'il nous sera donné de voir le roi lui-même , non dans un miroir ni en énigme , mais face à face ; non plus par la foi , mais par la vision ^ ? »

Ce que l'orateur d'x4ntioche refuse à l'homme , à l'ange ,

* Chrys.. t. 1, p. 532.

^ Yasq.» Ditput 37, m U P. S. TAom., c. t.

s Epiph. , hat. 76. — S. Greg. Nyss., adv, Eunofn. It. — S. Hier., in Mp. 11. S.Maik. -*S. Bat., ep. 168.

^ Chryt. , 1. 1 , p. 17. — Voir la nol« K i U fia du folvno.

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