‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 167 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

au séraphin lui-même , ce n'est pas la vision intuitive , mais la vision compréhensive, la connaissance adéquate de Dieu. Les mots dont il se sert à chaque instant dans cette controverse , limitent et précisent parfaitement sa pensée. Rien , ce nous semble , n'est moins équivoque que ceci :

«Quand vous entendez, dit Chrysostôme, TApôtre s'eiprimer ainsi : Personne n'a jamais vu Dieu > , comprenez qu'il n'est donné à personne de connaître Dieu dans sa substance d'une manière complète... Et de même quand le Prophète parlant des chérubins et des séraphins affirme qu'ils n'ont pu supporter la vue de Dieu , il entend dire uniquement la connaissance claire et absolue, la compréhension de la substance de Dieu 3 . >

Du reste, sur les lèvres de Jean, ces discussions n'avaient ni sécheresse ni amertume. La charité dominait la controverse. Il concluait la plupart de ses discours par des paroles comme celles^i : « Parlez à vos adversaires avec modération et mansuétude... Leur erreur a son principe dans l'orgueil: ils sont malades d'une enflure de l'âme... Or, une plaie accompagnée d'enflure ne supporte pas un contact trop rude , et les médecins emploient pour la laver une éponge douce. Faisons comme eux , ayons recours à l'éponge imbibée d'une eau salutaire , et ne touchons que d'une main délicate à ces blessures faciles à irriter. Si les malades vous injurient , vous repoussent , ne vous découragez pas pour cela : leur colère même les rend plus dignes de pitié... Et prions Dieu qui aime les hommes, qui veut que tous se sauvent , que tous arrivent à la connaissance de la vérité , prions-le , supplions-le de les déUvrer de l'erreur

et des pièges du diable , et de les ramener à la lumière de la science 9. »

* 1. Joan., e. 4.

3 Chrys., t. 1, p. i75 et ahb, pau.

336 S. JEAN CHRYSOSTOMt;,

En combattant Thérétique» Cbrysostôme songe au fidèle. L'intérêt des âmes prime tout à ses yeux. On le voit s'arrêter an milieu d'une argumentation chaleureuse, pour signaler un abus , rappeler un devoir. II avait remarqué , par exemple, qu'à peine le discours fini^ les auditeurs sortaient sans attendre que l'office divin fût terminé. Nous prions chez nous» disaient-ils. — < Vous vous trompez vousmêmes 9 répond le saint orateur. Chez vous , sans doute , vous pouvez prier, mais non avec la même efficacité que dans l'église , d'où la prière s'élève à Dieu comme le cri unanime de tout le peuple. Seul , tu ne seras pas aussi bien exaucé que dans l'assemblée de tes frères. Il y a ici quelque chose de plus , savoir : l'union des âmes , le lien de la charité 9 et la prière des prêtres. Les prêtres président afin que les prières plus faibles de la multitude , unies à leurs invocations plus puissantes, montent ensemble au ciel. Que sert le discours sans la prière ? Là prière d'abord , le discours ensuite. Pour prouver ce que peut une prière faite en commun , je vous citerai un exemple emprunté à Hiistoire contemporaine. Il y a dix ans, vous ne l'avez pas oublié, on saisit quelques hommes qui aspiraient à s'emparer du souverain pouvoir. L'un d'entre eux, personnage éminent, convaincu de son crime, était traîné au supplice, une corde à la bouche < . La ville s'émeut , chacun quitte son travail , le peuple se précipite à l'hippodrome , et l'on arrache à la vengeance de l'empereur le coupable qui ne méritait pas le pardon. Ainsi vous procédez quand il s'agit d'apaiser un roi de la terre , vous accourez tous ensemble avec vos femmes et vos enfants; et quand il s'agit du Roi descieux, de vous le rendre propice, d'arracher à son juste courroux, non pas un pécheur , ni deux , ni trois , ni cent , mais tous les pécheurs de l'univers. . . vous ne prenez pas la peine de vous déranger,

* UMge du temps pour empêcher les coadamaés de parler.

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