‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 169 sur 282 · CHAPITRE XI. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. S

de repousser les idoles et d'honorer les prophètes , ce sont des paroles bonnes à tromper les simples : au fond , leur impiété n'est pas moindre que celle des païens ; mais en l'enveloppant de mensonges, ils la rendent plus dangereuse. Mon ami , si tu admires les Juifs , qu'as-tu de commun avec nous? car, si leurs croyances sont grandes et vénérables, les nôtres sont fausses. Mais, si nous avons la vérité, et nous l'avons , il n'y a chez eux qu'imposture < . »

Chose étrange, et «qui prouve combien ces Chrétiens de fraîche date étaient encore ignorants et superstitieux ! ils allaient aux synagogues pour s'y faire guérir de leurs maux au moyen de procédés surnaturels ^ . Chrysostôme est obligé de combattre sérieusement ce préjugé ridicule. Il loue , il exalte comme des héros de la vertu ceux qui résistent à cet attrait. «Courage , serviteur de Jésus-Christ, athlète de la piété, homme inébranlable, tu as préféré souffrir que de trahir la foi ; au jour de Dieu tu seras accueilli avec les martyrs. Et toi aussi , tu t'es dévoué à la mort , plutôt que de te souiller par ces impiétés d'enchantements et d'amulettes^ Mais, poursuit-il, pouvez-

vous croire que le démon vous guérira ? Écoutez ce que dit de lui Jésus -Christ : // était homicide dès le commencement *. Quoi! Dieu le traite d'homicide, et tu recours à lui comme à un médecin ^ ! Que tout cela est absurde ! Les démons savent tendre des pièges , faire du mal : ils ne savent pas guérir. Ils ravagent l'âme , et tu crois qu'ils s'intéressent au corps 1 Ils travaillent à te ravir le bonheur, et tu veux qu'ils s'attachent à te soulager dans tes maux « ! . . . Garde-toi donc, mon ami,. de te laisser entraîner par ces

' Chrys., t. 1, p. 595, 596.

'^ Id., ibid.t p. 683 et suiv.

3 Id., ibid , p. 684.

* Joan. , 8.

s Chrys., t. 1 , p. 686.

impostures. Reste ferme dans la crainte de Dieu... Si elle ne t'arrête pas, crains au moins les Juifs. De quel œil osestu les regarder? Qu'oses -tu leur dire, toi qui fais profession du Christianisme et cours implorer leur aide ? Ne vois- tu pas que tu détiens pour eux un objet de risée , et qu'au fond de leur coeur, si ce n'est ouvertement, ils se moqdaQt de toi et te méprisent <?

» J'emprunte les paroles de Moïse , disait l'orateur en terminant l'une de ces Homélies , et je prends à lémùin eonire vous aujourd'hui le ciel et la terre 2 . Si quelqu'un des nôtres, absent ou présent , fréquente le temple de la Matrone ou la synagogue des Juifs , s'il participe à leurs jeux , à leurs sabbats, à leurs fêtes, qu'il sache que je suis innocent de sa perte. Au jour de Notre-Seigneur Jésus^hrist, ces enseignements nous seront rappelés, à vous et à moi. Si vous avez obéi, ils seront pour vous un grand ntotif de cooSanoe. Si vous avez désobéi , si vous avez protégé , en les cacliant , ceux qui osent de pareilles choses , vous n'y trouverez que de terribles accusateurs ; car je n'ai point négligé de vous faire connaître les ordres de Dieu ^ . A vous maintenant de cultiver le trésor qui vous a été confié , et de faire servir le fruit de ce discours au salut de vos frères * ! »

Le peuple qui suivait avec un intérêt soutenu cette polémique ardente , se rendit aux arguments , aux prières de l'orateur, et rompit ses absurdes relations avec les ennemis les plus acharnés de sa foi. Les Juifs, confondus, n'entraînèrent personne , cette année du moins , et furent contraints de faire leur pâque entre eux. Ghrysostôme, dès le cinquième discours >, célèbre ce triomphe avec un pieux

' Joan., p. 687.

3 Deuter. 30.

s Acl. 10.

« Chrys., l. 1 , p. 599.

^ Id., ibid,, p. 627. — Ce discourt, un des plus beaux de Ghrysostôme, fut long et anime ; il y contracta un enrouement (til., p. 6i9).

Page 1