‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 170 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

oi^aeil. Mais il avait un autre but plus élevé : ruiner les bases du Judaïsme ; et ce but, il le poursuit avec autant d'ar^deur que d'éloquence. Ici , son accent s élève , sa logique est pressante; il accumule les autorités et les arguments pour démontrer à ces enfants dégénérés de Jacob que les oracles sont accomplis, que le Messie attendu est depuis longtemps arrivé , que dès-lors leur mission est finie , leur hisr toire close , qu'ils n'ont plus de raison d'être , ni comme société religieuse , ni comme peuple , et par conséquent plus de chef, plus de sacerdoce, plus de patrie; tandis que l'univers tout entier se courbe avec empressement sous le sceptre adoré de celui qu'ils ont mis à mort. A cette argumentation si simple , mais si puissante , ses adversaires ne pouvaient rien opposer ; car elle avait pour pivot leurs livres sacrés, ces textes immortels, où des hommes, objets de leur plus grande vénération , ont retracé d'avance les destinées d'un peuple dont les fautes et les malheurs les touchaient si profondément. Ces prophètes, disait Chrysostôme, vous ont prédit diverses épreuves qui toutes devaient être suivies de glorieuses restaurations , et les événements ont donné raison sur tous les points à la prophétie. Or, ces mêmes oracles, si vrais dans leurs prévisions, vous ont annoncé une dispersion suprême et sans retour, une proscription étemelle : ils en racontent les circonstances , ils en fixent l'époque ; et l'orateur rappelle les paroles célèbres de Daniel : Après soixanle-et-dix semaines, l'onction sainte sera abolie ; on ne rendra plus de jugement dans Jérusalem ; un peuple avec son chef détruira la ville et le sanctuaire ; tout périra comme dans un déluge , et la désolation s'étendra jusqu'à la consommation des siècles > • Il discute , il commente ces paroles > , et s'écrie : « Si tout cb qui est prophétisé ici n'est pas arrivé , si vous n'êtes pas aujourd'hui

1 Dan. , e. 0.

^ Chrys., orat. 5, t. 1 , p. 6U et pauim.

5U S. JEAN GHRYSQSTOME.

dégradés , dépouillés de tous les privilèges de vos pères , si votre ville n a pas été renversée , votre temple détroit , si vos malheurs ne sont pas au-dessus des calamités les plus tragiques , ô Juifs ! moquez-vous de mes discours. Mais si les faits eux-mêmes parlent hautement , si les prédictions des prophètes sont accomplies , pourquoi cette obstination impudente et vaine? Où sont maintenant vos céréaK)Dies augustes , et votre souverain pontife , et la robe d'hyacinthe , et Téphod , et le rational ? Ne me donnez pas pour vos patriarches , ces cabaretiers y ces marchands , ces hommes pleins d'iniquité ! Y a-t-il un prêtre , dites-moi , quand il n'y a ni sacrifice , ni autel , ni culte , quand l'ancienne onction et les cérémonies saintes n existent plus ^ ? »

Ghrysostâme rappelle la destruction du temple , et les efforts impuissants tentés plusieurs fois pour l'arracher à ses ruines ; mais il insiste particulièrement sur les prophéties qui annoncent un nouveau culte répandu sur toute la terre, et étabUt, dans un magnifique langage, que ce sacrifice pur dont parle Malachie^ et qui doit être offert en tous lieux, du lever du soleil jusqu'à son coucher, est l'hostie spirituelle des Chrétiens , remplaçant à jamais les sacrifices sanglants et Toblation isolée d'un peuple , par l'offrande unanime et sainte de l'humanité ^ . D'où il conclut que la destinée de la nation juive est finie , et que le Judaïsme n'est plus qu'une lutte coupable contre la Providence qui a brisé les anciennes barrières , et convié tous les hoouaes à la vérité et au salut.

Il est vrai qu'à côté de ce judaïsme si rudement traité par l'orateur, un autre s'était formé sous l'influence de la philosophie, s'efforgant de concilier Moïse et Platon, et de créer ainsi comme un nouveau terrain , où philosophes et peuples pussent se rencontrer dans la pure .adoration d'un seul Dieu.

1 Chryi. , t. 1 , p. 656.

> IM., t. 1 , p. 647.

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