‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 174 sur 282 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les mooarqms deviennent tes portiers des pécheurs ; c'est pour eux , comme pour leurs héritiers , un titre de gloire : Et 9Qn tombeau wera glorieux 1 ... . Que dis-je? Le symbole maudit d'aoe mort ignominieuse est devenu an objet .aimable et cher à tous les cœurs. Rien ne pare mieux la couronne impériale que la croix. Objet d'horreur pour tous, elle plait maintenant à tous ; tous en recherchent l'image : princes et sujets, hommes et femmes, vierges et épouses, tous en retrar cent le si^esur leur front. On voit la croix à la table sainte, dans J'ordinatioo des prêtres , dans la scène mystique , dans nos maisons, sur les places publiques, sur les routes, sur les montagnes , au bord de la mer, sur les navires qui bravent les flots, sur nos lits, sur nos vêtements, sur nos armes , sur nos vases d'or et d'argent , sur les bijoux , sur les peintures murales , sur la couverture des livres ^ , sur la pourpre , sur le diadème , partout ; elle brille de plus d'éclat que le soleil : El son tombeau sera glorieux >/ Loin de rougir d'une chose naguère infâme , nous y attachons le pins grand prix : nous l'aimons, nous l'invoquons. Que le Gentil se lève et me dise comment il a pu se faire que Tinslrumcnt d'un honteux supplice soit l'objet le plus révéré de l'univers ! Qui donc voudrait garder chez soi les horribles outils du bourreau : gibets , ongles de fer, lanières armées de plomb? Qui voudrait prendre dans sa main la main de cet homme , s'approcher de lui , quand il fait son métier? On fuit jusqu'à son regard. Telle fut'la croix dans les temps anciens. D'où vient qu'aujourd'hui tout le monde l'honore , tout le monde se prosterne devant le bois sur lequel souffrit et mourut Jésus-Christ? On s'estime heureux d'en posséder une parcelle; et quand on l'a, on l'enchâsse dans l'or, on la porte à son cou , on s'en fait une parure 3. »

> Chi78.,pp. 570, 571.

s Ghrys.,t6iJ.,57i.

554 S. JEAN GHRYSOSTOME.

Malheureusement, ce livre de Chrysostôme, tel que nous l'avons , n'est pas complet. Serait-ce que les dernières pages ont été perdues, comme tant d'autres œuvres du Saint? Ou lui-même , voyant dans ce travail un double emploi avec les homélies qu'il projetait et qu'il ne tarda pas de faire contre les Juifs, a-t-il renoncé à le publier et à le finir? Dans tous les cas , il a vu le jour sans que l'auteur y ait mis la dernière main ; ce qui n'empêche pas qu'il ne renferme , outre de précieux détails sur ces temps antiques , si intéressants à connaître , une belle exposition des prophéties concernant Jésus -Christ et l'établissement du Christianisme. On croit généralement qu'il fut écrit en 387, vers le mois d'août , avant les cinq derniers discours contre

les Juife 1 .

Du reste, les attaques répétées de Jean contre le Judaïsme prouvaient qu'il y avait là pour les Chrétiens un péril sérieux. Sans doute l'expansion triomphante, le règne du Christianisme , au milieu d'un monde vieilli dans les corruptions de l'idolâtrie , était un fait aussi éclatant que merveilleux ; cependant le spiritualisme délicat de l'Évangile pénétrait difficilement les mœurs et les âmes chez d^s peuples tout pleins de souvenirs païens , dont la pente à la fois superstitieuse et sensuelle condamnait les apôtres du Christ à des efforts sans cesse renouvelés et trop souvent impuissants. La vie entière de Chrysostôme est une lutte qui redouble, au lieu d'épuiser, son zèle , et grandit son talent. Il quittait à peine la tribune sacrée. Les besoins et l'affection de ce peuple bien - aimé étaient pour lui une douce mais écrasante tyrannie : il fallait, pour n'y pas succomber, sa charité qui le multipliait , et la facilité prodigieuse de son génie. Sans compter les homélies que nous venons d'analyser , ni celles sur Ozias et les Séraphins , dont la

1 Monlf., m vit, 5. ; — et m monit,, 1. 1 , Ghrys. , p. 457.— StilUng, Compend. chronolog., t. i, sept.

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