CHAPITRE XI
circonstances les catholiqaes d'Ântioche s'étaient divisés en deux partis, l'un sous la houlette de Mélëce , l'autre sous celle de Paulin. Ce malheureux schisme n'avait fait qu'empirer par l'élévation de Flavien à l'épiscopat. Les partisans de Paulin avaient pour eux l'inappréciable avantage d'être en communion avec Rome ; mais on reprochait à leur chef , fort injustement d'ailleurs, d'avoir les doctrines d'Apollinaire. Rien dans les enseignements ni dans la conduite de Paulin n'autorisait une pareille accusation. Il avait souscrit au concile d'Alexandrie, présidé en 362 par S. Âthanase ; concile qui établissait la vraie doctrine de l'Incarnation , tout en ménageant Apollinaire encore voilé du manteau de l'orthodoxie. Mais Thérésiarque jeta le masque, et la condamnation qu'il avait éludée d'abord à force de mensonges , ne tarda pas à l'atteindre. L'adhésion de Paulin au concile était donc un acte irréprochable , et ses adversaires manquaient de loyauté en l'accusant de conniver à l'hérésie. Néanmoins, ils lançaient contre lui les plus durs anathëmes.
Jean , par son ordination , appartenait à la communion de Mélëce , mais par son cœur il était l'homme de tous. Il déplorait hautement un état de choses contraire à la charité , funeste à l'orthodoxie dont les divisions ne profitaient qu'à l'Arianisme. Fils de Mélëce, ami de Flavien, il devait le baptême à l'un , le sacerdoce à l'autre , et tenait à leur communion par des liens délicats et chers: mais il tenait encore plus à la charité , et ne négligeait aucune occasion de la faire prévaloir contre un zële aveugle et amer. Dans le discours qui nous occupe , aprës avoir cité la touchante parabole du Samaritain , il montre que lancer à ses frères l'anathème , ce n'est pas seulement une grande témérité de la part de gens peu instruits des choses de Dieu , mais une coupable opposition à l'esprit de l'Évangile, qui est tout
1 Chryt.,!. l,p. 691.
560 S. JEAN ÛHRYSOSTOME.
dans cette parole du Sauveur : On emnaitra que f)0U8 éte$ mes dindpks, si vous vmts aimez les uns les autres K
Ce discours , où la charité exprime des sentiments dignes d'elle , est , comme style , inférieur à beaucoup d'autres. On s*est demandé s*il était vraiment de Ghrysostôme, ou si tout au nioids il n'avait pas subi de graves altérations. Aucune de ces suppositions n'est justifiée. L'homélie sur l'anathème a été donnée au public sans être revue par l'orateur , moins heureux peut-être ce jour4cà que d'ordinaire : mais, à travers tes négligences^ et hs incohérences de sa diction » l'âme de Jean s'y révèle toute entière ? . Sans doute , en réprouvant l'anathème, arme dangereuse aux mains du simple fidèle, il n'entend pas contester à l'Église un droit sans lequel elle ne serait plus la gardienne assurée de la foi ; mais il veut que le culte de la vérité, aimée pour elle-même, soit pur d'orgueil , de haine , de violence , des passions qui compromettent sa cause , et qu'on s'apphque à conserver avec autant de soin la charité que la vérité , puisque c^est ptar la charité qu'on entre dans la vérité et qu'on y fait entrer les autres » .
« Étends , s'écrie le saint orateur , étends le filet de la charité, afin que ce qui boite soit guéri et non renversé. Montre, à force d'affection , que tu veux rendre commun le bien qui t'est propre. Jette le doux hameçon de la miséricorde , et arrache à l'abyme celui que Terreur avait submergé. Fais-lui comprendre que la prévention et l'ignorance le trompent, que ce qu'il prend pour bien est contraire à la tradition apostoHque. S'il se rend à tes observations, il vivra, suivant la parole du Prophète, et toi tu délivreras
ton âme. S'il résiste , s'il s'obstine , discute avec lui ; mais
' s. Jean, c. 13,
2 Chrys., t. 1, p. 689, in monit. — Still., p. 457, n. 274. — Tillem . not. 106.
3 Tilïem., t. il , p. 364.