CHAPITRE XII. 36b
clin d'(Bil Temperear était accouru et la victoire avec lui * . Le Ciel se déclarait ouvertement pour cet homme de cœur, et le monde rassuré s'abandonnait à sa sagesse.
Ainsi, au-dehors, le nom romain retrouvait son prestige; au-dedans, les dissensions étaient apaisées, l'ordre et la conGance commençaient à renaître partout. Grand administrateur non moins que grand soldat , Théodose relevait les finances , rétablissait la justice , réparait les routes; consolait la religion «. On n'avait pas à lui reprocher encore cet horrible guet-apens de Tbessalonique , qui laissa sur sa gloire une large tache de sang. On admirait , on bénissait un pouvoir aussi doux que fort. L'empereur ne semblait régner <]oe pour donner de plus baiit l'exemple du respect des lois et de la vertu. Il rappelait de l'exil les victimes des règnes passés , relevait par de nobles libéralités les familles déchues, abolissait de fait la confiscation » , et répudiait pour son compte et celui des siens la part honteuse que , sous le nom de codicille ou fidéi-commis ♦, la fraude et la captation faisaient à la coar dans les testaments des grands et des riches. On répandait de bouche en boache un mot heureux sorti de la sienne dans une circonstance solennelle, au moment où les prisons s'ouvraient par son ordre : Que ne puiS'je, avait-il dit , ressusciter aussi les morts ^î Et ce cri d'une àme généreuse , connu partout , lui faisait des amis partout.
Il comptait trois ans de règne et pas une condamnation à mort : la clémence était montée au trône avec lui «.On s'honorait de servir un maître qui n'avait d'autre sceptre que la bonté. Un panégyriste , son contemporain , a dit de lui que ,
^ Chrjs., t. 6, p. 25 , in Isaïam.
2 Monlfauc, Mém. des inscript, et belles-lettres» t. 13, p. 486.
s Cod, Theod., I. 9, lit. iâ, leg. 89. — Themist., oraL 15, 16, 17, 19
4 Symmach, 1. 3, ep. 13.
* Chrys., l. 2, p. 76.
e Themist., ibid.
566 S. JEAN CHRYSÔSTOME.
$i Bruhiê fût retenu $ur la Mre, il eéi Bbjuré âivoni Théodoêe la haine des rois > . Théodose méritiaLtt l'estime da monde , et il Favâit.
Au surplus , ce n'était pas sealement un grand empereur, c'était une grande ime. La pourpre ne l'avait pas éb(oui« 11 ne voyait de son rang élevé que la grandeur de ses devoirs , convaincu que pour tout le reste le dernier des hommes était son égal. Aux titres fastueux, décoration obli-^ gée de la dignité impériale , il préférait ceux de bon père et de bon époux .Sa table frugale ne brillait que par Télégance et la gaité. Dévoué à ses parents, fidèle à ses amis, protecteur attentif de tous les droits , rémunérateur généreux de tous lès services, il ne laissait aucun mérite sans récompense , aucun grief sans le redresser. Économe comme chef de famille , magnifique comme prince , rien n'égalait la sim* plicité de ses goûts , ni rien non plus la grandeur de ses libéralités. 11 aimait le talent , surtout le talent utile , et savait l'encourager. Son palais* était ouvert à toute heure à tous ses sujets. 11 sortait seul, sans gardes, sans escorte , visitait les ouvrages publics , entrait familièrement chez les particuliers , s'entretenait avec le premier venu , parlant à chacun le langage de sa situation et de son âge. Vainqueur de Maxime , il reçut à Rome les honneurs du triomphe : on portait devant lui les emblèmes brillants des batailles gagnées, des villes prises ; mais tandis que tous les yeux cherchaient le triomphateur sur le char doré , il marchait à pied , mêlé à la fouie , prenant la main de l'un , interrogeant l'autre , écoutant avec gaité les chansons folâtres et satiriques dont il était l'objet, vieux souvenir, et presque le seul, de la liberté romaine. Ses loisirs, quand il en avait, étaient consacrés à de longues promenades à pied , et aux lectures historiques qu'il affectionnait. Les grandes figures de l'antiquité attiraient
1 Pacat., Paneg. vet. 12, 20.