CHAPITRE XII
son regard ; mais il ne parlait qu'avec horreur des Marius » des Sylla, de tous ces ennemis de la liberté i entre les mains de qui la puissance n'avait servi qu'au malheur des hommes. Il n'estimait de la sienne que la facilité de faire le bien. Ses vertus grandirent en proportion de sa fortune » et, chose rare! le trône le rendit meilleur. Son âme, ouverte à tous les nobles sentiments, était toujours prête à venger les injures par les bienfaits. Il prit sous sa protection la mère et les enfants de Maxime , et pourvut magnifiquement à l'éducation des uns, à l'existence de l'autre. Les Occidentaux opprimés et pillés par l'usurpateur reçurent de Théodose avec les biens qu'on leur avait pris , des indemnités qu'ils n'attendaient pas. Homme de guerre, habile et heureux, il aimait peu la guerre » et ne tira le glaive que pour la défense et l'honneur de la patrie : ses lois , dans leur ensemble , sont empreintes de l'esprit chrétien dont il élait pénétré ; mais sa religion , quoique sincère et profonde , ne domina pas assez les terribles emportements d'un sang trop impétueux. Cependant sa colère s'évaporait vite , et souvent les rigueurs qu'elle inspira, contremandées à propos, donnèrent lieu à de sages rescrits. Après le massacre de Thessalonique, il s'humilia à la face du monde et se soumit comme le dernier des Chrétiens aux dures conditions de la pénitence publique. L'édit qui prescrivait un délai de trente jours entre la sentence et l'exécution, fut un fruit de cette pénitence, qui honore à la fois l'évéque et le souverain > . Les colères des rois, disait Chrysostôme , sont des colères de lion : mais du moins la reUgion contenait sous sa main ce lion frémissant. Un jour que Théodose, commettant des juges pour informer dans une affaire de conspiration , les exhortait à procéder avec équité : Notre devoir, s'écria l'un d'eux , c'est de songer à votre conservation. — Songez plutôt à ma
1 Tillem., Emp,, t. 5, p. 271. — Gibboa, t. 6. p. 437
M8 S. JEAIf CHtmO&rOME.
fépuiaiitm, répliqua ie prioce : // $*a^ii moiks dé v/(»r^ quô de bien iHpre ^ . ' '
' Un grand prestige rehaussait aux yeux des masses le^ iiiéHtes de Théodose : ii était le plus bel hbmtne de Tannée et pefutrétre de l'empire. Sa taille, sa démarche, sa voix, son regard, sa magnifique tête imposaient le respect. Son œil pénétrant et doux scrutait et fascinait. Sar son noble visage respiraient la bravoure et la loyauté. Sublime sur le champ de bataille , il était dans la vie intime d'une bonhomie spirituelle et charmante. Sa modestie égalait À gloire. Chaste, intègre, désintéressé, il unissait aux vertcé guerrières les plus brillantes toutes les vertus privées. Bon, affable , confiant , il accueillait avec tant de cordialité , avait dans ses manières et son langage tant de simplicité M d'abandon, se montrait en toute circonstance si heureux de faire le bien, qu'il était impossible de l'approcher et de le connaître sans l'aimer. Tout en lui indiquait l'homme supérieur et prédestiné à régner sur les hommes. « Ce qui est étonnant , dit un historien , c'est qu'il s'est trouvé des païens qui , plus frappés de ses vertus que soumis à ses ordres , ont fait de ce prince un objet d'idolâtrie , et l'ont mis au rang des dieux dont il avait proscrit le culte ^ . »
Zosime», ennemi déclaré de tous les princes chrétiens^, nous représente Théodose comme un empereur violent et faible , adonné au plaisir de la table et gouverné par ses eunuques. Mais Zosime est seul de son avis, et l'on sent, d'ailleurs , que ses invectives ne sont que le cri du poly-
• Pacal., Pnneg. veU 42, 20. — Themist., orat, 19. — Aurel., ficL epit,
— Soc. 1. 5, c. 14 et 26. — Chrys., l. 12, p. 364. — 8. Ambr, de ohH. Theod., t. 2, p. 1197, et ep. 40 et 51. — Claiidian., m eon$. Uoêor, *~
— Zosim. ,1.4.— Tillem., Vie de Thcod. — Flëchier, Hist, de Théod. — Lebeau, Hist. du Bas-Emp., t. 5. — Phitoit., 1 11, c. 2. — Gîbb., c. il, t 6, p. 412 et 460.
2 Lebeau, Hisl. du Bas-Eoip., l, 25, t. 5, p. 490.
3 Zoiim., 1. 4.
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thAsme vaiDCtt < ; Dés bistorieDs (dos calmes ont reproqhé à nUastre ami de S. Ambroise la mulliplichédes em* plois militaires créés, par lui au graod détriment du trêsor, une confiaoce trop aveugle à se.^ miaistrQ^ t ^l surtout Tintroduclion des barbares dans l'armée roma^ne^ ^ù ils portèrent rindiscipline et une perpétuelle agitatiou-»,. u D'y a, il ne peut y avoir qu'une manière de juger ces rpal- .heureux emportements» si courts mais si terribles, penddot lesquels un mot tombé des lèvres du maître, avidement recueilli par les flatteurs , qui se trouvent toujours là pour le malheur des princes avec leur éternel sophisme de leçon à, donner, de force à déployer, pouvait devenir Tarrét de mort d'un homme , et le devint , en effet , pour les sept mille infortunés de Thessalonique. Théodose pleura toute sa vie un ordre arraché à la colère , rétracté dans la réflexion , exécuté malgré lui avec une horrible perfidie ; il n'en reste pas moins sur sa gloire comme une ombre funeste. Cependant l'histoire lui a décerné et lui conserve le nom de Grand; et, en vérité, nous ne voyons pas qu'entre les personnages célèbres qu'elle a honorés de ce nom , il y en ait beaucoup qui l'aient mérité plus que lui. La vraie gloire de Théodose est d'avoir mis son génie et son pouvoir au service de la plus noble des causes , la rénovation du monde par l'Évangile.
Au mois de janvier 387, il y avait quatre ans révolus que l'empereur avait donné à son fils Arcadius le titre d'Auguste. Soit tendresse , soit poHtique , il voulait que le cinquième anniversaire de cette espèce de consécration impériale fût célébré dans tout l'empire avec le plus grand éclat; et, pour rendre plus magnifiques ces quinquennales d'Arc;idius, il résolut d'avancer d'une année ses propres décennales, heureux de confondre son nom dans une même fête avec celui
i Lebeau, Hist. du Bas-Emp., t. 5, p. 8. ^ L«beaa, t6tJ., p. 9.
S70 S. JEAN CHRYSdStOHE.
de son fils. L'usage était, en pareille occarrence, de fiure à l'armée une grande distribution d'argent ; car, en définitive , l'empire reposait sur elle , et il ne fallait que la réToIte d'une légion pour ébranler le pouvoir le plus fort. Ces lai^esses, nécessaires et funestes, qui devaient racheter sans cesse la stabilité du trône et la paix du monde , épuisaient le trésor, et , pour en combler le vide , il fallait exagérer les contributions et pressurer les contribuables. Les peuples payaient cher leur éphémère sécurité. Théodose donc, afin de pourvoir aux grandes fêtes qu'il projetait, peut-être aussi pour couvrir les grandes dépenses de la guerre contre les Goths, se décida à décréter un nouvel impôt.
Les provinces murmuraient et payaient ; dans quelques villes les murmures allèrent jusqu'à la sédition. Le peuple d'Alexandrie , turbulent et désœuvré , insulta les magistrats au théâtre. On parla de rompre avec Constautinople et de livrer l'Egypte à Maxime : boutades d'enfants , fureurs sans portée, que le gouvernement était habitué à dédaigner. Alexandrie jouait à l'émeute.
Dans la métropole de la Syrie , les mêmes causes pro* duisirent les mêmes effets. Le 26 février, le gouverneur, ayant convoqué le sénat , donna lecture, de Tédit arrivé la veille. 11 n'avait pas fini, que les sénateurs se lèvent , protestent , foulent aux pieds les insignes de leur dignité , puis se répandent dans la ville en criant que tout est perdu , que c'en est fait d'Antioche , que l'empereur exige une somme qu'en vendant tous leurs biens, en se vendant eux*mémes, les citoyens ne pourront jamais acquitter.
Il en fallait moins pour remuer et soulever une pareille ville , volcan de colères, toujours à la veille d'une éruption. En un instant , les plaintes imprudentes des sénateurs ont mille échos dans les rues. Le peuple prend feu ; et tandis que les sages courent chez l'évêque pour le prier d'inter*