‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 184 sur 282 · CHAPITRE XU. 37B · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU. 37B

doux , qui obéissait à la voix des chefs comme un coursier généreux et docile à la main de Téouyer, s'est emporté toutà-coup jusqu'à des excès au-dessus de toute expression. Je gémis , je pleure , moins sur le sort qui nous menace , que sur la fureur de nos emportements. Quand l'empereur ne serait pas irrité contre nous , quand il ne songerait pas à nous châtier, dites , pourrions-nous supporter la honte de nous être rendus si criminels ? La douleur m'empêche de poursuivre le cours de mes instructions ; je puis à peine ouvrir la bouche et proférer quelques mots, tant l'affliction , comme un frein , enchaîne ma langue et arrête mes paroles ! Quoi de plus heureux que notre cité avant ceci ? Quoi de plus triste à présent? Ainsi que des abeilles qui bourdonnent autour de leur ruche , la foule des citoyens remplissait tous les jours la place publique, et tout le monde félicitait la ville privilégiée qu'animait une si nombreuse et si belle population. Maintenant la ruche est déserte ; la frayeur a dispersé les habitants comme la fumée chasse les abeilles , et nous n'avons qu a répéter ce que le Prophète disait en pleurant sur Jérusalem : La ville est semblable à un ttrébinthe qui a perdu ses feuilles , à un jardin sans eau i. La patrie si douce est devenue amère. Tous fuient le sol qui les a portés , comme on fuit un piège ; ils s'en détournent comme d'un goufre , ils s'en éloignent

comme d'un incendie Notre calamité a cela d'étrange,

que sans avoir combattu nous prenons la fuite , sans que la ville ait été saccagée, nous l'abandonnons. Nous n'avons vu ni le feu des barbares ni le visage de l'ennemi , et nous sommes en proie aux mêmes souffrances que de malheureux captifs. Tous les peuples apprennent maintenant nos disgrâces : nos pauvres exilés , reçus dans leurs murs , les instruisent du coup funeste qui nous accable. Mais je ne

I Uale, 1» V. 30, vert, dei Sept.

5U S. JEAN CHBYSOSTOME.

rojugis pas de cette circonstance , je n'en suis pas humilié. Puissent toutes les villes voisines connaître Les périls de la nôtre , et , s'associant à notre aOliction , élever de concert leurs voix vers le roi des deux pour loi demander le saiut de celle qui est la mère commune et La nourrice de toutes ! Antioche , il n'y a pas long-temps , éprouvait les secousses d un tremblement de terre ; maintenant ce sont les cœurs qui sont violemment secoués. Alors les fonde* ments des maisons étaient ébranlés ; maintenant ce sont les âmes des habitants qui sont bouleversées par d'borribles inquiétude^. La mort est sans cesse devant nos yeux; nous vivons dans de perpétuelles terreurs ; nous subissons la peine du fratricide Caïn; nous sommes plus misérables que des criminels dans leurs cachots.... Il n'est plus sûr pour personne de sortir de sa maison, de paraître en public, à cause de ces hommes qui partout sont à TaSût des coupables comme des innocents, et les enlèvent, les traînent pêle-mêle devant les tribunaux. Maîtres et esclaves, cachés et comme enchaînés au fond de leurs demeures, se demandent avec inquiétude : Qui a été arrêté aujourd'hui ? Quelle tête est tombée? et, tout en déplorant le sort des autres , ils trend>Ient pour eux-mêmes et mènent une vie plus triste que la mort... La terre que nous habitons, l'air que nous respirons , semblent avoir changé de nature ; on dirait que le soleil lui-même partage notre deuil et ne répand qu'une lumière terne. . . De quelque côté que nous portions les yeux, ce n'est plus qu'une nuit profonde. Partout la tristesse , partout un morne silence , une solitude pleine d'horreur,... le calme lugubre qui suit les ravages de l'ennemi , quand le fer et la flamme ont tout détruit. C'est bien aujourd'hui qu'il faut s'écrier avec le Prophète : Affpdez les pieu* reuses j et qu'elles fasseni entendre leurs lamenUaUms < /

1 Jerem , 9, 17.

Page 1