‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 185 sur 282 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Que loas les yeax , comme des fontaines , s'ouvrent pour verser des larmes! Collines, prenez le deuil; montagnes, pleurez avec nous ! Invitons toutes les créatures à prendre part à nos disgrâces. Une ville si grande , la capitale de tout rOrient, est à la veille d'être effacée de dessus la terre. Celle qui comptait de si nombreux enfants , les a tout-à-coup perdus, et personne ne lui vient en aide. Nous avons outragé celui qui n'a point degal ici-bas; car l'empereur est le chef et la tête de tous les hommes sur la terre. C'est pourquoi recourons à celui qui règne dans les cieux ; implorons son assistance. Si le secours d'en -haut nous manque, il n'y a pas de réparation possible de nos torts > . »

Jean continue ainsi, mêlant la compassion aux reproches, les larmes aux conseils, s'efforçant de consoler, de fortifler, de corriger ce peuple inconsistant et excessif, tombé des folies de l'émeute dans le délire de la peur, éperdu , désespéré , et capable , dans son désespoir, de toute espèce de lâcheté. L'orateur le ramène aux pensées sérieuses, lui rappelle les devoirs dont ToubU a fait son malheur, l'entretient d'espérance , et , par la gravité de la situation , lui fait mieux sentir le néant des choses d'ici-bas, le prix que des âmes faites à l'image de Dieu doivent attacher à la destinée immortelle et à la vertu. Il termine ce discours par quelques mots remarquables au point de vue de la tradition catholique .

«En tout , mes bien-aimés , réglons-nous par la sagesse ; et la pauvreté, loin de nous nuire, nous procurera de grands biens.... Je vous le demande, quy avait-il de plus pauvre qu'Ëlie? Mais il remportait sur tous les riches , par cela même qu'il était pauvre , et que c'était la richesse de son âme qui lui avait fait embrasser par choix la pauvreté... Le roi d'Israël recourait à cet indigent , et celui qui possédait

* Chryi , hom. i. ad popul. Antioch., t. 2 , p. 20 el luiv.

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des monceaux d'or écoutait respectueusement Thomme qui n'avait pour toute fortune qu'un manteau ; tant ce manteau était plus éclatant que la pourpre des rois , tant la caverne du juste était plus belle que les palais des princes ! Aussi le Prophète, montant au ciel, ne laissa-t-il à son disciple qae son manteau.... et son disciple le reçut comme un riche héritage : c'était , en effet, un riche héritage , plus précieux que tous les trésors ensemble. Élie, dès-lors « exista don* blement : il était à la fois dans le ciel et sur la terre. Je sais que le bonheur du juste Elisée vous semble digne d'envie , et que vous eussiez voulu être à sa place. Mais je puis vous le démontrer, nous tous qui participons aux saints mystères , nous avons reçu de Jésus-Christ infiniment plus. Élie a laissé son manteau à son disciple ; le Fils de Dieu, en montant au ciel, nous a laissé sa propre chair. Élie s'est dépouillé , Jésus-Christ a emporté avec lui ce qu'il nous laissait. Ainsi , ne perdons pas courage ; cessons de nous lamenter et de craindre le malheur des temps. Celui qui après élre mort pour nous sur la croix , nous communique encore sa chair et son sang , que ne fera-t-il pas pour nous sauver? Espéron3 en lui , invoquons-le , livrons-nous à la prière et aux supplications , songeons sérieusement à pratiquer désormais la vertu ; et ainsi, nous échapperons au péril présent , et nous mériterons les biens futurs * . »

Le lendemain , à la même heure , au milieu du même concours , Jean vint annoncer le départ de Flavien pour Constantinople. Le bruit s'était répandu que les courriers expédiés à l'empereur avaient été retardés par divers accidents, et forcés de quitter les chevaux de poste pour prendre des voitures publiques 2. On espérait les prévenir. C'est pourquoi le saint vieillard se mit en route sans délai , faisant , malgré ses quatre-vingts ans, les plus grandes diligences,

1 Chrys., t. 2, p. Si.

3 Cbryi., ibid., p.lSei 76

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