‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 186 sur 282 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

afin que Texpression du repentir arrivât , s'il était possible, avant la nouvelle du forfait. Nul plus que lui n'était propre à ce rôle d'intercesseur ; car, outre Tautorité de son ministère et de ses vertus , Tbéodose l'honorait d'une estime 'particulière. « Quand je regarde vers ce siège, dit Chrysostôme en débutant , et que je le vois vide et privé du maître qui nous instruisait , je me réjouis et je pleure. Je pleure de ne plus voir ici notre père ; je me réjouis qu'il soit parti pour nous sauver, pour arracher cette grande ville à la colère de l'empereur. C'est votre honneur, à vous , d'avoir mérité un tel père ; c'est sa couronne , à lui , de se montrer si bon pour ses enfants , et de confirmer par les œuvres cette parole de Jésus-Christ : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis * . Il est parti , prêt à donner sa vie pour nous tous , quoique bien des choses s'opposassent à son départ : son âge avancé , sa faiblesse , la rigueur de la saison , la solennité qui approche,' et son unique sœur malade et près de mourir; il a tout négligé, les affections de la famille, la vieillesse, les infirmités, les fatigues du voyage; il a préféré à tout votre salut, et il s'en va comme un jeune homme , la grandeur do son âme lui donnant des ailes « . » Puis, pour alléger le poids qui oppresse les cœurs, il suit pas à pas le généreux pontife , pèse les chances favorables à la cité , les espérances qui lui restent encore , et raconte par anticipation l'audience impériale et le discours de Flavien. « Le seul aspect de cet homme vénérable , dit-il , touchera le maître du monde; car la grâce du Saint-Esprit respire nonseulement dans les paroles , mais sur le visage des Saints. Il lui dira ce que Moïse disait à Dieu : Ou pardonnez à ce peuple son crime, ou faifes-moi mourir^. Telles sont, en effet, les entrailles des Saints, que mourir avec leurs enfants

1 Joan., 10.

2 Chry»., t. î, p. 35.

s Eiod., 32 , 32.

580 S. JEAN CHRYSbSTOME.

leur est plus doux que de vivre sans eux. II lui parlera aussi de la Pâque qui approche , de ce temps où Jesus-Christ fit grâce à tout lunivers, et il l'exhortera à imiter son maître, en lui rappelant les paraboles des dix mille talents et des cent deniers. Je connais le courage de notre père ; il n'hésitera pas à dire au prince : Prends garde , toi aussi , d'entendre un jour cette parole : Serviteur méchant, puisque je t'ai remis, sur ta demande, (a dette entière, ne devais-tu pas remettre leurs dettes à tes frères * ? et il ajoutera cette prière, que ceux qui Tont initié aux saints mystères lui ont appris à adresser à Dieu : Pardonnez -nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés ^ ! Il lui démontrera que l'attentat commis est moins le crime de la ville que celui de quelques étrangers, incapables d'agir avec sagesse , qui mêlent à tout ce qu'ils font la sottise .et le crime ; et que , d'ailleurs , quand tous auraient péché , ils ont été assez punis , dévorés qu'ils sont de craintes, obligés de Fuir, de se cacher, traînant une existence plus misérable que des condamnés , portant le sang dans leurs mains , et sans cesse tremblants pour leur vie. «Pense , lui dira-t-il , à la grandeur de cette ville , et qu'il s'agit non de deux , de trois , de dix hommes , mais d'une immense population , de la tête de Tunivers. C'est ici que les Chrétiens ont reçu leur nom. Honore Jésus-Christ, en respectant une ville qui, la première , a prononcé ce nom si doux et si beau ; elle fut la demeure des Apôtres, le séjour des Saints. C'est le premier et seul attentat contre des princes qui ait été commis dans ses murs 3..., C'est aux approches de Pâques, et en considération de la solennité , que l'empereur autrefois envoya dans toute l'étendue de l'empire une lettre d amnistie, par laquelle il ordonnait l'élargissement de tous les prisonniers.

1 Matb. 18.

* Math. 6.

> Chryi., t. 2, p. 36.

Page 1