CHAPITRE XII
Notre pontife lai présentera et lira cette lettre, et, lui rappelant ses propres édits, il dira: Il n'est besoin que personne t'exhorte : souviens-toi de toi-même ; ta propre conduite t'offre un exemple de clémence. Tu n'as pas voulu verser un sang coupable, et tu verserais le sang innocent! Tu as épargné, par respect pour la fête, des criminels convaincus et condamnés , et tu livrerais à la mort , sans souci de la solennité sainte , des hommes qui n'ont commis aucun crime ! Non , tu ne le feras pas ; car c'est toi qui disais, dans ce rescrit adressé à toutes les villes : Plnt à Dieu que je pusse aussi rappeler les morts à la vie ! Nous recourons à ces sentiments, nous implorons cette parole, La gloire des monarques consiste moins à vaincre leurs ennemis qu'a vaincre leur colère ; car les autres victoires , tu les dois en partie à tes capitaines et à tes soldats. Mais le triomphe sur toi-même n'appartient qu'à toi seul , et personne ne partagera avec toi la gloire de ta modération. Tu as subjugué les barbares, subjugue aussi l'orgueil du rang suprême, et que les infidèles apprennent qu'il n'est pas de puissance qui ne puisse être refrénée par la crainte de Jésus-Christ. Glorifie ton maître, en pardonnant ceux qui partagent avec toi la qualité de ses serviteurs « . »
Mais l'orateur veut surtout que la confiance du peuple remonte à Dieu. « C'est lui , dit-il., qui se placera entre le pontife et le monarque, pour inspirer l'un, pour apaiser l'autre ; car, de toutes les villes , la nôtre est la plus chère au Seigneur , soit n cause de nos ancêtres dans la foi , soit à cause de vos vertus; et de même que Pierre, le premier des Apôtres, a prêché Jésus-Christ, ainsi, Antioche, la première, a prononcé ce mot: chrétien, qui est sa couronne et sa gloird* Si Dieu ne demandait que la présence de dix justes pour faire grâce à un peuple coupable ;
> Chryi., t. s, p. 76.
189 S. JEAN GHAYSDSTOIŒ.
ici I où nous comptons, non pas dix , ni vingt , ni le douUo , mais un grand nombre d'&mesqui servent Dieu avec ferveur t comment ne pas espérer? J'entends dire avec un grand abattement : Z>< mMocet de$ rois ressembleni â celles des lions* Oui, mais Dieu peut changer les lions en brebis.. Sup* plions-le donc ; adressons-lui une ambassade* et il touchera le ccBur du prince ; il nous délivrera de notre angoisse. Tandis que notre père accompUt sa mission auprès du roi terrestre , aidons-le de nos prières, invoquons le roi des deux. La communion de l'Église peut beaucoup & • «
Le peuple écoutait, applaudissait >, oubliait ses peines, et s'en retournait soulagé et réconforté. Le lendemain , il revenait avec le même empressement se ranger autour de la tribune consolatrice. Le théâtre, l'hippodrome, les thermes étaient abandonnés. On ne se plaisait qu'à l'église 3. Jean était là, dès le malin, démentant les fausses nouvelles, combattant les vaines alarmes , ranimant le courage , apaisant les colères, faisant espérer le pardon, s'efforçant de raffermir contre la terreur de la mort toutes ces âmes abattues , grondant ou excusant tour-à-tour, et toujours mêlant aux grandes pensées du moraliste les tendres effusions du père et de l'ami. « Ce Démosthène chrétien, dit Bossuet^, prononça alors des homélies dignes , par leur éloquence, de 1 ancienne Grèce , dignes , par leur piété , des temps apostoliques. >
Cependant, malgré les diligences de Flavien, les nouvelles de la sédition l'avaient devancé près de l'empereur. Théodose s'emporta d'abord aux plus sinistres projets ; mais, après avoir parlé de brûler, de massacrer, de ne laisser *
9 Ibii., p. 49.
4 B088., t. 21, p. iOi.
» Chrys , l. 2, p. 149. 175. — Liban., or. 16. — Zofim., 1. 4. — Theod.,
l. 5, c. 20. — Soïom., 1. 7. c. 23.