‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 190 sur 282 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Le saint orateur se plait sarlout à célébrer le dévouement des soiilaires chrétiens : cette noble preuve de courageuse affection qu'ils viennent de donner à leurs frères , et quil fait contraster avec la lâcheté des philosophes. « Où sont maintenant , s'écrie4-il , ces porteurs de vieux manteaux , qui font parade de leurs longues barbes , qui tiennent un bâton dans la main droite , les philosophes des Gentils , méprisables cyniques , plus vils que les chiens qui mangent 8003 la table de leurs maîtres , qui ne font rien que pour assouvir leur ventre ? Ils ont tous déserté la ville , ils ont tous fui , ils sont allés se cacher dans les cavernes. Seuls , ceux qui montrent la vraie philosophie dans les œuvres ont paru courageusement sur la place publique, comme aux temps les plus calmes de la cité. Les habitants de la ville se sont retirés au désert et sur les montagnes : les habitants du désert sont accourus à la ville, et ont prouvé, par leurs actes , ce que je n'ai cessé de vous dire ces derniers jours , qu'à l'homme vertueux rien ne peut nuire , tant la sagesse spirituelle est supérieure à tout, bonheur ou malheur! L'un ne peut l'amollir, ni l'autre l'abattre ; mais , toujours égale à elle-même , elle montre partout la force qui lui est propre. Qui n'eût pas été découragé par les difficultés de notre situation? Les chefs de la cité , les hommes qui exerçaient le pouvoir, qui jouissaient d'une grande fortune , d'un grand crédit près de l'empereur, ont abandonné leurs maisons, cherchant le salut dans la fuite , oubliant amitié et parenté , affectant de ne pas connaître ceux qu'ils connaissaient le plus et d'en ôtra inconnus. Les solitaires, ces pauvres gens qui n'ont pour tout avoir qu'un vêtement usé , qui vivent dans une simplicité rustique au fond des bois et sur les montagnes , ces hommes de rien , tels que des lions doués d'un grand et noble sentiment , se sont levés au milieu de la terreur universelle , et en un instant ils ont tout sauvé. Et, comme des guerriers qui n'ont qu'à paraître pour dissiper les ennemis ,

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en un seul jour, ils sont descendus , ils ont parlé , ils ont mis fin à nos maux et sont rentrés chez eux. Telle est la philosophie apportée par Jésus-Christ au genre humain!.... Nous n'avons pas besoin de discours pour démontrer la vanité du paganisme , la pusillanimité des philosophes euxmêmes : les faits disent assez haut que tout , chez les païens , est fiction , comédie et parade ^ . »

Pendant que la mobile Antioche , trop tôt rassurée , s'abandonnait inconsidérément à la confiance , à Constantinople, Flavien sollicitait une audience sans l'obtenir. Théodose s obstinait à ne pas le voir , à défendre qu'on lui parlât de la ville coupable., quand Césarius, qui avait franchi eu six jours les trois cents lieues de TOronte au Bosphore ^ entra chez Tempereur sans être annoncé ni attendu. 11 raconta, en la réduisant à ses vraies proportions, Téchauffourée d'Antioche suivie d'un si prompt et si grand repentir, les sanglantes représailles des magistrats , la terreur, le désespoir de la cité, l'intervention, les remontrances des solitaires et des évéques , dont il présenta la requête tachée de leurs larmes qu'il avait senties sur sa main , et, se mettant à genoux , il fit appel à la haute clémence du prince. Aux prières du maître des offices, le sénat de Constantinople , les députations de Laodicée > et d'autres villes, joignirent leurs instances. Théodose hésitait encore . Ce fut alors que Flavien parut devant lui ^ . Il avait

1 Chrys., 1.2, p. 173 et suiv.

^ La conduite de Laodicée en cette circonstance avait d'autant plus de mérite , qu'il y avait entre elle et sa voisine une rivalité ancienne , et portée si loin que les habitants d^Ântioche eussent préféré , disaieat-ils , être eiterminés jusqu'au dernier que de rien devoir à l'inlerveotion de ceux de Laodicée. (Thrys., t. 11, p. 376.)

^ Soxomène raconte que Flavien , pour incliner à la clémeDce Tftme de Théodose , fit chanter, pendant le repas de Tempereur et par les jeunes enfants de la musique impériale, des chansons lugubres, où les habitants d* Antioche exprimaient leur repentir et leur désespoir. ( Sozom., 1. 7, c. 23. y 11 n*)' a la qu'une réminiscence ridicule de Plutarque (In Ly9andr.j

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