‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 191 sur 282 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

les yeux baissés , et se tenait à distance sans dire mot ; Tempereur s'avança vers Tévêque , et , d'une voix plus émue que sévère , il énuméra les témoignages d'intérêt prodigués sous son règne à la ville séditieuse. Et voilà, s'écria-t-il , leur reconnaissance : ils ont outragé même les morts ! Flavien , relevant sa noble tête où respirait , avec la majesté de la vieillesse et de la sainteté , une douleur sincère et profonde , parla ainsi :

« Nous l'avouons , prince , nous ne pouvons le nier, tu témoignas toujours à notre patrie une grande affection ; et c'est pourquoi nous éprouvons un chagrin extrême d'être devenus , par l'envie du démon , ingrats envers notre bienfaiteur, et d'avoir irrité contre nous celui qui nous aimait tant. Détruis, brûle, massacre Antioche : quelque sort que tu nous fasses subir, nous ne serons pas assez punis. Prévenant ton courroux , nous nous sommes infligé à nousmêmes un supplice pire que mille morts. Car que peut-il y avoir pour nous de plus amer que d'avoir exaspéré sans motifs un prince qui nous comblait de tant de bienfaits , qui nous portait tant d'affection , et de sentir que toute la terre connaît et condamne l'excès de notre ingratitude? Si les barbares , fondant sur notre ville , eussent renversé nos murs , incendié nos maisons , emmené de nombreux captifs, ce serait un moindre mal. Pourquoi? Parce que, toi vivant et plein de bonté pour nous, nous aurions l'espoir de voir cela finir, et de recouvrer avec notre liberté une plus grande splendeur ; au lieu qu'à présent, privés de ta bienveillance , ayant perdu tes bonnes grâces qui étaient notre plus sûr rempart , à qui désormais aurions - nous recours ? De quel côté porter nos regards , après avoir offensé un maître si doux , un père si indulgent ? Si donc l'attentat de nos concitoyens est horrible , la peine qu'ils subissent ne l'est pas moins : ils n'osent regarder personne, ni jouir de l'éclat du jour, tant la honte tient leurs pau-

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pièyres baissées et les contraint à fermer tes jeux. Plas misérables qoe des prisonniers, toute liberté lear est ravîe : rien n'égale leur humiliation ; ils ne pement qu'à la gradr deur de leur faute et de leur malheur, et n'en respirent pas , croyant voir la terre entière s'élever contre leur crime avec plus de force que celui qu ils oiM; offensé.

» Mais , si tu le veux , prince , il est possible de guérir ces blessures et de porter remède à ce^ maux. Souvent, entre particuliers , de grandes injures sodI devenues la matière d'une grande charité : c'est ce qui eut lieu asssi dans la nature humaine ^ Lorsque le Seigneur eut créé Tboiame , qu'il l'eut placé dans le paradis et c(»nblé de prtvilè^s , le démon , jaloux de tant de bonheur, le fit déchoir de aa dignité» Non-seulement Dieu ne l'abandonna pas , raats au lieu du paradis il nous ouvrit le ciel, et prit occasion de cette chute pour nous donner de nouvelles preuves de son amour et punir davantage l'ennemi de notre salut. Agis , priflee , d'après cet exemple. Les démons ont mis tout en œuvre pour enlever ta bienveillance à une ville que tu chérissais aU'^essus de toute autre. Toi qui le sais, inflige -nous ta peine que tu voudras ; mais ne nous exclus pas de ton affection ^ et même » s'il est permis d'exfHrimer une pensée qui peut étooner, remets Antioche au nombre des^ villes que ta aimes le plus , si toutefois tu veux cb&tier les dàinoas , les vrais auteurs de ces désordres. Songe qu'en la détruisant, ^lIol ruinant de fond en comble, tu ne feras qu'accomplir ce qu'ils ont voulu ; au lieu qu'en apaisant ton courroux , en nous rendant tes bonnes grâces , tu leur porteras un coup mortel , tu tireras d'eux la plus éclatante vei^ geance , tu leur feras voir que leur perfidie n'aboutît qetk produire le contraire de ce qu'ils avaient désiré* Il esl juste que tu m'exauces et que tu aies pitié d'une viUe à laquelle ils n'ont porté envie que parée que tu* k cliérissais. Si tu l'avais moins aimée , ils lui auraient fait moins sentir

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