‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 194 sur 282 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

grandes armées , on aurait de la peine à se concilier les cœors de tant d'hommes ; et tu le peux aujourd'hui sans effort; car, par un seul acte, tu te rendras favorables et ceux qui auront été l'cdajet de ton indulgence et tous ceux qui en entendront parler. A quel prix , par quels travaux ne voudrais- tu pas acheter l'avantage d'acquérir en UD instant tout l'univers , d'entraîner tous les hommes pré* sents et à venir à offrir au Ciel pour toi les mêmes prières qu'îls^font pour leurs enfants?

»Si ta clémence peut avoir tant de prix aux yeux des hommes , songe à la récompense que Dieu te réserve , nonseulement pour ta noble action , mais pour les actions pareilles que ton exemple inspirera par la suite; car, si jamais , ce qu'à Dieu ne plaise ! un événement semblable à celui que nous déplorons avait lieu , et que des princes outragés voulussent tirer vengeance de l'outrage , ta modération et ta bonté seraient pour eux une leçon qu'ils rougiraient de ne pas suivre. Tu seras donc le modèle de tous tes successeurs, et si haut qu'ils portent la vertu, ils devront te céder la palme ; car ce n'est pas la même chose de donner le premier exemple d'une pareille dou* ceur, ou d'imiter ceux qui déjà l'ont donné.... Personne maintenant ne peut partager avec toi le prix d une magnanimité dont le mérite n'est qu'à toi ; mais tu pourras partager, avec tes imitateurs , s il en est , le mérite de leurs sentiments généreux , et avoir à leur gloire la même part que des maîtres à celle de .leurs disciples. Nul roi ne marchât-il sur tes traces , les éloges et les hommages de la postérité te seront assurés de génération en génération.

> Considère quel honneur ce sera pour toi , dans la postérite , que l'on puisse dire : Une grande ville était vouée aux supplices et à la vengeance ; tous , les généraux , les- préfets, les juges , tremblaient de frayeur et n'osaient dire un mot en faveur des coupables ; un vieillard s'est avancé portant le

sacerdoce de Jésus-Cbrist', et son seul aspect, quelques paroles de sa bouche ont fléchi le monarque : une grâc« que personne n'avait obtenue de lui , il Ta accordée aux prières d'un vieillard, par respect pour les lois de Dieu. En effet, prince, mes concitoyens ne t'ont pas peu honoré en me choisis* sant pour cette mission ; car ils ont eu de toi cette excellente et très-belle idée , qu'entre tous ceux qui relèvent de ton sceptre , tu distingues les prêtres de Dieu , môme les plus faibles. Mais je ne viens pas seulement de la part des habitants d'Antioche ; je viens aussi et surtout , au nom de celui qui est le maître des anges et le nôtre , dire à ton âme miséricordieuse : Si vous remettez aux hommes leurs offenses, Dieu vous remettra les vôtres. Souviens-loi de ce jour où chacun de nous rendra compte de ses actions , et songe que si tu fus offensé , tu peux , par une sentence de pardon , effacer toutes tes fautes, sans peine , sans effort.

» D'autres t'apporteront de l'or, de l'argent, des offrandes de ce genre ; moi , je me suis approché de ton trône avec nos saintes lois, que je te présente au lieu de tous les dons, et je te supplie d'imiter ton maître, qui, chaque jour, outragé par nous, ne cesse de nous combler de bienfaits.

9 Ne confonds pas nos espérances ; ne rends pas vaines nos promesses. Je veux que tu le saches : si tu consens à te laisser fléchir, à renoncer à ta juste vengeance, si tu rends à Antiocheton affection première, j'y reviendrai plein de confiance. Mais si tu l'as bannie de ta pensée, je n'y rentrerai pas , je ne reverrai plus son territoire , je la renierai à jamais , je deviendrai citoyen d'une autre cité. A Dieu ne plaise que j'accepte pour ma patrie une ville à laquelle, toi le plus clément, le meilleur des hommes, tu n'a pas voulu faire grâce > ! »

1 Chrys., (. 2, p. 211 à 222.

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