CHAPITRE Xn
C'était le jour de Pàqaes, 25 avril; l'éclat sornaturel da divin ressuscité resplendissait sur la ville , qui semblait , elle aussi , sortir du tombeau. Chrysostôme prit la parole : son discours fut un chant de triomphe. «Béni soit Dieu» s'écria-t-il , qui nous permet de célébrer avec vous cette solennité sainte dans la joie la plus grande , qui a rendu le chef à ses membres , le pasteur à ses ouailles » le maître à ses disciples , le général à ses soldats , le pontife à ses prêtres ! Béni soit Dieu qui nous accorde au-delà de nos demandes et de notre espoir ! . . . Rendons-lui grâces ; admirons sa puissance , sa bonté , sa sagesse , le soin qu'il a pris de notre cité. Le démon a voulu la perdre en Tentrainant au crime; et Dieu, par nos malheurs même,, a rendu plus illustres et la ville , et le pontife » et le prince * . > Puis , il rapporte tout au long la harangue de Flavien à Théodose, harangue qui était son ouvrage «, et après avoir cité quelques mots heureux de l'empereur : «Que les Gentils soient confondus , s'écrie-t-il , ou plutôt qu'ils ne le soient pas f mais qu'ils soient instruits et que , renonçant à leurs erreurs , ils se tournent vers la vertu du Christianisme et apprennent du monarque aussi bien que du pontife la divine sagesse de notre loi !.. . Pour vous , ajouta-t-il en finissant , ce que vous avez fait aujourd'hui , dans l'élan de la fête, pour célébrer la renaissance de la cité , en couronnant la place publique , en illuminant les rues , en dressant devant vos portes des lits de gazon, faites-le tous les jours d'une autre manière ; couronnez - vous , non de fleurs , mais de
> Chrys., t. 2, p. 213 et 2U.
^ • La fameuse harangue de FlaTÎen à ThéodoBe est TœuTre de Chrysostôme. C'est le plus remarquable monument de l'éloquence dans ce siècle. La célèbre homélie sur<£ùtrope n*en approche pas. Ce discours est du nombre infiniment petit de ceux qui furent écrits , ou du moins entièrement composés, avant d'être prononcés. La gravité des circonstances, l'importance du sujet , la majesté du personnage ont donné au style de l'orateur cette
éléTatiott soutenue qu'on ne retrouve dans aucun de ses autres
discours. » (Albert, Thèse, p. 39.)
vertus; allumez dans vos âmes le flambeau des bonnes œuvres , livrez-vous aux effusions d'uue joie spirituelle , et ne cessons de rendre grâces au Seigneur, non -seulement pour nous avoir délivrés de nos maux , mais pour avoir permis que nous les ayons connus. La délivrance et lafiliction contribuent également à la gloire de la cité ^ . »
«Il y aurait, dit un critique moderne, un rapprochement intéressant à faire entre cette homélie et le discours composé par Libanius sur le même sujet ^ . » On trouve, en effet, dans les œuvres de celui-ci une harangue qu'il est censé avoir faite en présence de Théodose pour l'engager à la clémence , et une autre pour lui rendre grâces quand il eut pardonné. Zosime attribue à Tinter vention du sophiste Famnistie d'Antioche ' . Mais l'historien païen se trompe ici doublement. Libanius ne quitta pas la Syrie « , et son discours n'est qu'une déclamation faite après coup, ou, tout au plus, une requête adressée de loin à l'empereur. En tout cas , il n'eut sur les déterminations de celui-ci aucune influence . « C'est un tissu d'anachronismes et de maladresses ^ . » Plus tard , sur la chaire de Constantinople , en face du palais d'Ârcadius , Jean rappelait les souvenirs d'Ântioche , et n'hésitait pas à dire : « Notre ville , autrefois , ayant offensé l'empereur, il résolut de la détruire de fond en comble,
> Ghi78.,t. 2, p. 223.
3 Alb. , Thèse, p. 49.
s Zosim, 1. 4.
^ Voir la note K à la fin du volume.
& « C*est une longue , très-longue supplique avec tout l'appareil des divisions ordinaires , exorde, narration, confirmation , etc. Le chef-d'œuvre de la gaucherie est la narration. Rappeler i un prince irrité les outrages qu'il a reçus, les analyser, en faire l'inventaire, et chercher ensuite à les atténuer, quelle ignorance du cœur humain , et surtout du cœur d'un roi ! Avec combien plus d'art Chrysostôme commence par avouer le crime d'Antioche, par l'exagérer même , pour ne faire appel ensuite qu'à la clémence ! Le rhéteur grec instruit une cause, établit des preuves; l'orateur chrétien frappe droit au cœur, et arrache des larmes avec le pardon. » (Albert, Thèse , p. 39.)