‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 198 sur 282 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Eilension du Christianisme. — Lutte ardente de Tesprit chrétien contre les vices et les misères dn siècle. — Saperstitions populaires. — Ignorance ei avilissement des grands — Domaines immenses. — Luxe effréné. — Tenue des femmes et des jeunes gens. — Eunuques. — Esclaves. — Thermes.— Gladiateurs.— Hippodrome.— Théâtre. — Oisiveté du peuple.

— DéedarAgement du travail libre. -^ Usure. — lmp6ts. — Chrysarg^re.

— Curiales. — Désespoir des contribuables. — Misère générale. — Paupérisme antique. — Assistance par l'État. — Créations charitables. — Abaissement des caractères. — > Sublimes eiForls du Christianisme — Admirable rdle de ses docteurs.

Le clergé d'Âatioche s'était acquis, par sa noble conduite dans les épreuves de la ville , d'incontestables droits à la reconnaissance publique. Les païens eux-mêmes rendirent hommage à son dévouement , et quelques - uns en furent touchés jusqu'à se convertir au Christianisme, iean célébra sans orgueil ce nouveau triomphe de la foi > , auquel il avait une part si grande , et qui lui apportait un surcroit notable d'autorité morale et d'influence. Auk yeux d' Antioche chrétienne , il fut désormais la personnification du sacerdoce, le sacerdoce tout entier. Mais cette flatteuse popularité n'eut pour ce noble cœur aucune ivresse , il n'aima que les devoirs et le zèle qu'elle lui imposait ; et , pendant les neuf ans qu'il resta attaché encore à la métropole de la Syrie , on le vit déployer, au point de vue de l'apostolat, la plus féconde activité. Ses nombreuses homélies sur la Genèse, sur les Évangiles de S. Jean et de S. Mathieu, sur les Épitres de S. Paul aux Romains, aux Corinthiens, aux

^ Chrys., aerm, 1. de ann., t. i, p. 701.

s. JEAN GHRYSOSTOME. — CHAPITRE XHI. 407

Éphésieos, une foule d'autres non moins remarquables, sont de cette époque , et attestent autant d'éloquence que d'abnégation, de courage et de charité. Pour comprendre le mérite et la portée de ces travaux , il faut se reporter au siècle de l'orateur.

L'essor du Christianisme avait brisé toutes les entraves : il régnait sur le monde romain. Les édits de Théodose , en proscrivant les sacrifices, furent le coup de grâce du polythéisme. Sans doute l'illustre ami de S. Ambroise n'abusait de son pouvoir pour imposer ses croyances à personne > . Nul n'était inquiété pour avoir préféré la mythologie à l'Évangile. Libanius et Symmaque recevaient les faveurs du prince en restant fidèles aux dieux ; et .non-seulement les païens occupaient des emplois à la cour , au sénat , dans l'armée , mais leurs écrivains jouissaient de la plus absolue liberté d'exposer leurs idées , de combattre , d'invectiver et même de calomnier leurs adversaires.

Cependant le paganisme s'en allait de sa belle mort : cadavre avant de mourir , rien ne pouvait ranimer cette défaillance suprême. En perdant, avec l'appui des Césars, le prestige du culte , il avait tout perdu ; et , une fois le joug de l'habitude brisé , les âmes venaient en foule au Christianisme.

Mais l'expansion soudaine de son empire n'était pas pour celui-ci le complet triomphe de son esprit . Que d'hommes , en effet , il lui fallait accueiUir parmi les croyants , qui , nouveaux venus du polythéisme , en gardaient les préjugés, et apportaient à l'ÉgUse plus de misères et d'embarras que de force et de gloire ! Une autre cause concourait inévitablement et incessamment à l'affaiblissement des mœurs chrétiennes. Ces mille relations de tous les jours, de tous les instants , par la parenté , par la poUtesse , par le com-

1 Gibb., c. 28.

merce , par la réciprocité des besoins et des services entre des hommes qu'abrite la même cité, souvent le même toit , permettaient aux disciples du Christ d'exercer sur les Juifs et les païens une influence qu a leur tour , Juifs et païens faisaient subir aux disciples du Christ. Ceux-là n'avaient qu'à gagner, ceux-ci qu'à perdre à ce contact : les mœurs et la foi , tout en souffrait. Comme ces plantes opiniâtres, fléaux de nos champs, dont les racines pullulent sous la charrue qui les déchire , le paganisme et le Judaïsme abattus et arrachés traçaient encore et drageonnaient sans fin au milieu des divins labours de l'Evangile. Cet inconvénient était surtout sensible à Antioche , où le chmat amollissant , le goût du théâtre , l'habitude des fêtes , le caractère de la population ardente au plaisir , lâche au travail , inclinée à la superstition , formaient autant d'obstacles à défier, à désespérer le plus intrépide apostolat. La foule qui venait à l'église applaudir l'orateur sacré , délaissait le prêtre au miUeu des saints mystères pour courir à l'hippodrome prodiguer d'autres applaudissements à ses écuyers favoris < . Des préjugés absurdes , de ridicules pratiques contrastaient dans la vie d'un grand nombre de Chrétiens avec la pureté, la sainteté de l'esprit chrétien, presque étouffé dans les cœurs sous une couche épaisse de paganisme. Chrysostôme attristé, sans être découragé , dut croire bien des fois que sa parole impuissante charmait plus qu elle ne corrigeait ses frivoles auditeurs.

Malgré la diffusion de l'Évangile , malgré l'incontestable progrès de son spiritualisme divin , la superstition prenait encore une grande place dans la vie et les pensées des hommes de ce temps. Romains ou Hellènes , riches ou pauvres, beaucoup, dans le sein même du Christianisme, croyaient aux présages , aux sortilèges , à la divination , à l'astrologie ,

» Chrys . t. 4 , p. 730.

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