‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 199 sur 282 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

employaient les sorciers, les philtres, les amulettes, la magie « . Mêlant bizarrement le nom d'Alexandre le Grand à leurs absurdes pratiques , ils portaient au cou ou au pied des médailles d'argent ou d'or à l'effigie du héros macédonien 2 . L'Évangile servait aussi à ces misérables usages. Avoir sur sa poitrine quelques feuillets du saint livre , roulés dans un sachet ou un étui, était contre les accidents de la vie un préservatif infaillible , et Ton faisait même avec des mots du texte sacré de merveilleux talismans ^ .

Un enfant venait-il à naître , on allumait autour de son berceau grand nombre de lampos, portant chacune le nom de quelque personne connue par sa longévité ; l'enfant devait s'appeler comme la lampe qui mettait plus de temps à s'éteindre : c'était le présage d'une longue vie * , qu'on rendait plus assuré en suspendant à son cou un lambeau d'un livre d'Évangiles, à ses petites mains des sonnettes ou des fils de laine écarlate ^ . Les nourrices , recueillant dans les bains publics la boue déposée au fond des cuves, en couvraient le front de leurs nourrissons pour les préserver du mauvais œil , du sort jeté par la jalousie. On employait de la même manière et dans le même but de sales mélanges de suie , de cendres et de sel ; et l'on écrivait sur les bras des jeunes enfants , sur leurs poitrines , des noms de fleuves et de rivières « .

C'était pitié de voir des personnages considérables par la naissance, par la fortune, accréditer de leurs exemples cette stupide créduUté. De puériles terreurs assiégeaient lésâmes. On tenait pour infaillibles les indications des astrologues décorés du nom de mathématiciens , et l'on se fût accusé

* Chrys., t. i, p. 682; t. 2, p. 243; l. 7, p. 84.

* /d.,'t. 1, ibid,; t. 2, ibid.; 1. 10, p. 32 et 669. a /d., t. 2, p. 197; t. 7, p. 703; 1. 10, p. 669. */(/., t. 10, p. 207.

» /ci., t. 2, p. 197; t. 10, p. 107; t. 11, p. 386; t. 13, p. 195. ^ Id,, t. 10;i6td, t. 11.

4iO S. JEAN CHRYSOSTOME.

(f tine coupable impradence si Ton eût entrepris qooi que ce soit , sans avoir préalablement consulté ces geos-là. Même pour quitter le repas ou le bain , on interrogeait les tables astrologiques. Partir du pied gauche, tourner en bas l'œil droit en sortant de sa maison , rencontrer au premier pas un aveugle , un estropié , entendre un coq chanter , un âne braire , quelqu'un éternuer , étaient de sinistres menaces pour tout le jour > . Les païens allaient jusqu'à croire que l'âme d'un homme qui avait péri de mort violente était changée en démon; et de là leur antipathie contre le culte des martyrs , et l'atroce usage de pkisieurs d'égorger de petits enfants pour avoir à leur service des démons plus dociles ». Les doctrines de Manès, de Valentin , de Marcion, avaient laissé leur empreinte dans les moeurs comme dans les esprits, et augmentaient le chaos moral. De malheureux sectaires , fanatiques de cette idée que la chair mauvaise ne produit que le mal , pratiquaient a , à titre de vertu , d'infâmes mutilations.

Les calendes de janvier étaient l'époque solennelle des grands pronostics. Passer dans la joie la première nouvelle lune promettait une année heureuse ; et là-dessus on décorait de fleurs, de guirlandes, de lampes, \ agora pompeusement illaminée. Des tables dressées devant les portes des maisons rappelaient les leeiisternia des anciens. Hommes, femmes, enfants buvaient à pleines coupes le vin de Chypre et de Chio , et passaient la nuit à danser en plein air , avec grand mélange de quolibets et de propos obscènes *. Les vrais Chrétiens se tenaient à l'écart de ces orgies ; mais les foules étaient toujours païennes l6s jours de fête.

Quant au luxe d'alors, rien dans nos magnificences

> Chrys., t. 2, p. 243; t. 7, p. 728; 1. 11, p. 94; 1. 12, p. 23 et 28.

* /d., 1. 1, p. 697. — Tettul., apol. 35.

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