CHAPITRE Xm
modernes ne saurait en donner Fidée. Au lieu de cette propreté élégante que le progrès des arts a rendue presque universelle , la fortune concentrée dans un petit nombre de mains leur permettait d'étaler un faste excessif, d'autant plus insolent qu'il était plus stérile , et qu'employant surtout à SCS satisfactions le travail des esclaves , ne donnant que peu à gagner au travail libre , il ne faisait pas circuler un denier de plus dans une société où quelques-uns possédaient tout, où les autres n'avaient que deux carrières ouvertes pour vivre : l'esclavage et la mendicité. Une poignée d'hommes avaient accaparé le monde. Des villes , des fleuves, des provinces leur appartenaient. Sous Néron, six propriétaires possédaient la moitié de l'Afrique ; et les choses n'avaient guère changé depuis. Mélanie la Jeune , qui fit vendre ses biens au profit des pauvres , possédait , au moment de cette grande résolution , huit mille esclaves et d'immenses domaines en Campanie, en Sicile, en Aquitaine, en Espagne. La famille Anicia avait des propriétés partout. La ville de Nicopolis appartenait à Ste. Paule ». Le mot de Pline était toujours vrai : les grands domaines perdaient l'empire a. Un revenu de plusieurs millions semblait peu de chose , pour soutenir leur rang , à des parvenus d'hier, eunuques ou valets , qui devaient tout à la bassesse , au crime , à l'usure , à la concussion , à la délation. Leurs palais, leurs villas renfermaient, dans leur vaste enceinte, des temples, des thermes, des hippodromes, des bois. De superbes aqueducs , sur leurs grands arceaux , amenaient de loin des rivières dans les jardins de ces sybarites maîtres du monde Là se déployaient de hautes galeries , de riches colonnades ; les bois , les métaux précieux , les marbres rares étaient prodigués ; d'admirables mosaïques, des fresques spleiklides décoraient les plafonds
< s. Hier., prœf. in epUt. ad TH.
a Plin., 18, 7.
4i2 S. JEAN CHRYSOSTOME.
et les murs ; l'or et les pierreries étincelaieot aux laoïbris , aux portes de cèdre incrustées d'ivoire ; - les belles colonnes , les beaux groupes étaient passés des temples des dieux dans ces voluptueuses demeures de Forgueil et de Tégoïsme ; on y comptait par centaines les statues d albâtre , d'argent , de bronze doré. De somptueux rideaux de soie aux broderies éclatantes , ou de pourpre de Laconie au tissu transparent , tombaient des hautes fenêtres garnies déjà de vitres coloriés ; et le toit de ces palais , digne de leur magnificence intérieure , était formé de grandes lames de cuivre doré reposant sur une charpente de cyprès ou de bronze * . L'argent massif et ciselé était la matière des sièges, des lits , où d'indolentes matrones restaient étendues jour et nuit sur de moelleux tapis de la Perse et de l'Inde , au milieu des roses, dans un nuage de parfums ; tandis que de jeunes esclaves agitaient sur leur front l'éventail doré aux franges de soie , ou versaient des essences sur leurs pieds nus chargés de bijoux ^. Le soleil ne pénétrait jamais dans leurs chambres d'été , dont les peintures ne pouvaient être vues qu'au flambeau ^ ; Tor leur servait aux plus vils usages^.
C'était la manie de ces nobles improvisés de se poser comme les protecteurs des lettres et des sciences : de là , le luxe des bibhotbèques , séjndcre$ fermés » , où sur des tablettes de cèdre , dans de précieuses cassettes , reposaient , sans être lus , d'admirables manuscrits aux lettres d'or < .
« s. Aster., de La%ar. et Divit.— Chrys., 1. 1? p. 32i et 717 ; t. 3, p. 178 et 388; 1.2, p. 27 et 657 ; t. 6, p. 516 et 520; t. 7, p. 795. 551,692,261 et 509; t. 6, p. 45; t. 8, p. 188, 520 et i87 ; t. 10, p. 189 et 539; Cil, p. 15, 270, 28-1 et 327. — S. Bas., hom. in dimt.y t. 2.
2 Chrys., 1. 11, p. 100; t. 10, p. 189; t. 5. p. 521. — Am. Marc, 1. 28.
3 Arom., 1. li.
* Chry8.,t. l,p. 717; 1.3, p. 388; t. 5, p. 521 ; t. 7, p. 79 el 261; 1. 10| p. 189 et 539; i. 11, p. 377.
^ Amm., 1. li, c. 6.
0 Chrys , t. 8 , p. 188.