‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 201 sur 282 · CHAPITRE XIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIl

« Le peu de maisons , dit Ammien , où le culte des choses sérieuses était eu honneur , sont envahies par les plaisirs chers à la paresse. On n'y entend que voix qui modulent, qu'instruments qui résonnent. Les chanteurs ont chassé les

philosophes, les comédiens ont remplacé les orateurs

L'art s'ingénie à fabriquer des orgues hydrauhques, des lyres grandes comme des chars , des flûtes et autres instruments de musique gigantesques , pour accompagner sur la scène la pantomime des bouffons < . »

Généralement , la table avait plus d'attrait que les livres ; on engloutissait dans un seul repas des sommes énormes ^ . D'innombrables services composaient ces dîners étemels, dont un poisson monstre était toujours le plat capital : on le pesait , balances sur table , et des notaires mandés prenaient acte de la merveille ^ . Au centre de la salle à manger s'élevait une grande amphore d'or, que deux hommes remuaient à peine , vaste réservoir d'où le Thasos écumant coulait dans les coupes ciselées de cristal enchâssé dans l'or*. On n'admettait à l'honneur de servir que de jeunes et beaux esclaves , vêtus d'un large pantalon et d'une riche tunique , serrée au cou par une agrafe d'or, aux reins par une ceinture dorée s.

S'ils venaient à se montrer en ville , ces hauts personnages ne marchaient qu'avec une nombreuse escorte de cUents , de parasites , d'esclaves , d'eunuques , de monstres , de nains et de fous ^. Un crieur, en avant , proclamait d'une voix sonore le nom et les titres du seigneur, qui s'avançait

> Amm., 1. li, c. 6.

2 Amm., 1. ii, c. 6. — Chrys., t. 7, p. 692.

3 Amm. Marc, 1. 28, c. i.

* Chrys., t H , p. 327 et 377; t. 5, p. 263 et 516; l. 2, p. l"23; t. 1, p. 72 et 32; t i,p. 586; t. 7, p. 261, 692, 509, 501 et 54i. 5 Chrys., t. 2, p. 657; t. 7, p. 261 ; t. 11, p. 327; t. 5, p. 521. « Chrys., t. Il , p. 565. — Wallon, Hist. de Tesclav., t. 3. p 351. — / Amm. Marc, I. li| c 6.

414 S. JEAN GHRYSOSTOHE.

réventaii en main , un parasol sur la tête , tantôt à cheyal , tantôt sur un grand char doré aux roues d'argent. Un riche attelle de mules blanches , caparaçonnées de pourpre et d'or, promenait dans les rues T efféminé triomphateur, ridiculement occupé à faire valoir les franges de son manteau et le curieux travail de sa tunique , où la broderie avait entremêlé à de bizarres figures de fantastiques animaux les paraboles de l'Évangile et les légendes des Saints > .

Le cortège des dames , quand elles paraissaient en public , n'était ni moins nombreux ni moins ridicule : elles préféraient au carrosse élevé des hommes ce qu'on appelait la basterne, c'est-à-dire une litière fermée de rideaux > et portée par des mules blanches ma^ifiquement harnachées. Là j sur de riches coussins étincelait , comme un bouquet de diamants , Torgueilleuse matrone. Son visage était encadré de pierreries , ses cheveux en étaient pleins ; une murène d'or aux mouvants anneaux enlaçait son cou et jouait sur sa gorge > ; des plaques d'or couvraient ses mains ' ; sa tunique était de brocard d'or^ ; sur ses souliers d'un noir brillant , terminés eu pointe longue et recourbée , la peinture figurait des fleurs aux plus vives teintes * ; ses yeux , ses joues , ses lèvres étaient fardés de blanc , de rose , de noir « ; elle portait à ses oreilles la nourriture de cent familles ?. Dans cet état, elle courait la ville, de l'amphithéâtre à l'église , de l'hippodrome au bain , suivie d'une foute d'eunuques ^ , dont elle recevait sans scrupule les

1 s. Aster., de Laiar. et Divil. — Chrys., t. 5, p. 5:20 ; t. 8 , p. 188.

2 S. Hier,, ep 24, n. 3. — /d., in Isat. 3, 18. ~ Chrys , t. 7, p. 836. s Chrys , 1. 11, p. 153 ; t. 5, p. 512.

* Chrys., t. i, p. 152.

6 Id., t. 7, p 835, 354 et 355; t. 11, p. 591. T /rf., l. 7, p. 836.

8 Claudian. in Ëuirop., 1 , 105. — Chrys., l. 3 , p. 176 i t. 11, p. 153. — S. Hier., ep. ad ScUvinamy t. 4 , p. 2 , p. 667 et 668. — Id., ibid,, p. 5b 7. — /d., ep. ad Furiam, t6td., p. 559. ^ Ep. ad Latam, ilnd,, p. 595.

Page 1