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CHAPITRE XIII

soiDS les plas intimes. S. Jérôme raille avec une éloquente amertume cette armée de semi - hommes qui devance la basteme , où s'étale une jeune veuve au visage vermeil , dans une toilette qui déshabille ce qu'elle a l'air de vêtir « ; et Jean s'indigne que l'on porte dans le saint lieu cette pompe efféminée et théâtrale : Venez-vous ici, s'écrie-t-il , pour danser ou pour prier 2 ?

Les jeunes gens rivahsaient avec les femmes. Couverts de parfums , de pierreries , de robes brodées , avec des souliers peints et des manteaux transparents , la mollesse et l'insolence étaient leur seule distinction ^. Une visite dans leurs terres, une partie de chasse , dit Ammien , une promenade en gondole d'Averne à Gaëte , est pour ces hommes efféminés une expédition digne d'Alexandre et de César *. Et devant ces risibles grandeurs tout devait se courber! Un riche passait-il dans la rue , vite de se ranger à son approche. Entrait-il au bain, tout le monde était délaissé pour lui. Prétendait-on le saluer, il détournait la tête et n'offrait que la main ou le genou au baiser de l'humble client 3 .

Le grand scandale du temps, c'était le pouvoir des eunuques. Introduite à Rome avec le luxe et les mœurs de l'Asie, cette horrible invention de l'Orient se propagea dans l'empire avec une honteuse rapidité ^ . Les lois essayèrent en vain d'en arrêter le progrès 7. En plein iv« siècle, sous les yeux de l'ÉgUse et malgré ses réprobations , elle continua de faire d'innombrables victimes. L'Afrique seule en jetait plus de vingt mille par an sur les marchés de chair

< s. Hier., t. i, 2. par. , p. 559, 595, 667 et 668.

» Ghrys., t. il, p. 591.

» Ghrys., t. 7, p. 510; t. 3, p. 15C;l. 1, p. 70i.

* Àrom. Marc, 1. 28 , c. 4.

5 ld„ ihid,

« Gibb.. c. 19.

Y Suet. in Domii., c. 7. — Dion. Gass., 1. 67 et 68.

humaine. iDstruments commodes de toutes les infamies s les eunuques étaient partout , dans le cortège des hommes comme dans les chambres des femmes s. Les maisons des grands en étaient pleines ». Ils devinrent les confidents, puis les ministres , enfin les maîtres des princes. Claude leur avait prostitué les titres et les honneurs *. Dioclétien leur confia le service ou plutôt le gouvernement de son palais s . Constance leur livra son âme et l'état « . Théodose lui-même ne s'en affranchit qu'à demi?. Valons et plus tard Arcadius furent les dociles exécuteurs de leurs volontés «. On les fit sénateurs, patrices, consuls, et l'histoire a pu dire de tel empereur qu'il fut le premier favori de Teunuque qui gouvernait ». L'Arianisme se plaça dès sa naissance sous leur patronage , et leur dut ses plus grands succès. Soit haine instinctive de toute paternité , même de celle de Dieu , soit rancune contre TÉglise qui les écartait comme un opprobre de ses autels , ils se firent les persécuteurs' du catholicisme , et employèrent à l'opprimer tout ce que l'intrigue et la bassesse leur donnaient de puissance. A part de rares exceptions «<> , ils semblaient avoir pris à tâche de justifier par leurs vices le mépris général dont ils étaient l'objet. Aussi insolents que rampants , ennemis de la vérité autant que de la vertu , au point de faire dire à S. Grégoire de Nazianze qu'être eunuque ou impie c'était

* Juvdn., salir. 6. — S. Hier., 1. adv. Jovin.f n. 47.

» Amm„ 1. U , c. 6.— S. Hier., t. i, 2. par., p. 587.— Chry«., l. 3, p. 176. s Chrys., t. 8, p. 163.

* Suel. in Claud.f c 28 — Juvén., satir. 14.

* Gibb., c. 13 — Lamprid. in Alex. Sev , c. 65.

6 S. Alhan., HisL anan. 37 et 38, 1. 1 , p. 366. — Amm., 1. 18, c. 5, et 1. 21, c. 16. — Liban , oral. 10.

7 Zosim., 1. 4, éd. Oxon., p. 237.

8 Glaudian. in Eulrop. — Zosiin., 1. 2 et 4. — Tillem., Vie de S. Léon.

9 Amm., 1. 18, c 5.

10 Euthérius auprès de Constant ( voy, Amm., 1. 16, c. 7 ) , et Naraès sous Jttstinien.

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