CHAPITRE Xm. 4S
incessant appel aux sont enirs mythologiques et anx passons humaines, contre-balançait , ruinait les progi^ de l'esprit chrétien. Les derniers champions de l'idolâtrie plaident la cause du théâtre i avec le même zèle que celle des dieux : il leur semble qu'elles n'en font qu'une ; et c'est aussi la pensée des Pères ^ . Mais ce que les écrivains polithéistes admirent , exaltent le plus sur la scène , ce n'est ni la tragédie ni la comédie , alors assez négligées, mais la pantomime, objet pri*vilégié de la faveur publique. Ce genre de représentation qui consistait à figurer le drame par la danse , à exprimer par le geste , par le pas , par l'attitude , au son de la fl&te et des cymbales, tous les sentiments, toutes les passions de l'âme >, par cela même qu'il mettait en spectacle la grâce et rëlé^* gance des formes, plaisait particulièrement à des hommes sensuels qui adoraient la beauté et divinisaient le plaisir. On sait quelle fureur les pantomimes firent à Rome , dès leur apparition , au temps d'Auguste ; combien ils furent goûtés, rechercliés, adulés, imités. Les plus nobles matrones leur demandaient des leçons ; les plus hauts personnages étaient à leurs pieds. Aucune rémunération ne semblait digne de leur génie : des hommes , infâmes devant la loi , effaçaient par leur opulence et leurs prodigalités les consuls et les sénateurs*. Le Christianisme, dès qu'il put élever la voix, tonna contre ces spectacles immoraux. Ih détournent des joies et des devoirs de la famille ; ils sont un outrage public à la dignité de la femme ; ils ruinent la pudeur : gestes, chants, paroles, tout y est lubricité et obscénité. Le Chrétien ne peut y voir que la pompe et le culte de
* Liban., pro itUtat., t. 2, p. i74.
2 Liban., i6., p. 477. — Chrys., passifn, — Salv., de Gubern. />., 1. 6, p. 206.— Lact.,/n»h7., 1. 6, c. 20.
s Chrys., t. 5, p. 77. — Juvén., saiir. 6, v. 63. — Martial. 3, 86. — Suet. in Ner.^ 54 , et Burette , Âcad. des inscript., t. 1.
* Sénèq., Natur. quœst.y 7, 33.— Ad Help, 12, ep. 47. —Tarit., Ann,, 1.1, 77, — Macrob.2, 17.- Ovid., Trist., 1.2, v 515. — Plin. 7,39.
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Saian. S^ii y participe, il viole ms vcbux, il rei^ume aux fdoles, il fa fi acte d'apostasie, il éët mcrilègéK Ainsi parlent tous les Pères , depuis S. Cyprien jusqu'à 8. Chrysofitôme, depuis S. Basile jusqu'à Salvien. Mais rien &e détournait les masses de cette source de corruption :- la licence des pantomimes allait croissant. Des femmes na^ geaient nues^ dans les bassins du théâtre. L'affreuse comédienne, qui fut plus tard Timpératrice Théodora, obtint une vogue immense par les incroyables scènes de nudité et d'obscénité qu'elle étalait en plein théâtre ^ . Tout ce qui n'était pas barbarie et cruauté , était débauche et souillure ^. « Ah I du moins , s'écrie Salvien , les barbares ne connaissent pas ces horreurs ^ ! « Rome , qui leur abandonnait le monde, gardait le sceptre de la luxure, et sous ce rapport ne voulait point de rivale. «On ne rencontre dans ses rues, dit Ammien , que des femmes aux longs cheveux bouclés , dont toute l'existence consiste à balayer du pied les planches de la scène , à pirouetter sans fin sur elle^-mémes , à exprimer par leurs évolutions et leurs attitudes toutes les fictions du théâtre <^. » La crainte d'une disette ayant fait chasser de Rome tous les étrangers, on excepta de la mesure, brutalement appliquée aux maîtres des arts libéraux , quiconque était de la suite des mimes ou passait pour en être , et l'on souffrit , sans les inquiéter d'une seule question , la présence de trois mille danseuses et d'autant de
« Chrys., t. 2, p. 267; - t. i, p. il , 770 ; — l. 5, p. 77 ; — t. 6, p. 275; — t. 7, p. i21-673; — t. 8 , p. 6 ; — t. il, p. i65. — S.Aug., defid. et oper., § ^3, t. 6 , p. 317. — S. Cyp., epist 61, — SaK, l. 6, p. 206. — MiniU. Felic. Octav., p. 3i3. Lugd. Batav,
2 Chrys., t. 7, p. 101, 113, lU, 115, t. 11, p. 464.
3 Gibbon , c. 40. — Les premiers éditeurs de l'histoire secrète de Procope ont cru devoir retrancher du texte grec les passages où ces hideuses infamies sont racontées.
4 Salv., de Gubern. D., 1. 6, p. 206. & #d., ibid., p. 195.
0 Amm. Marc, I. li, c. 6.