CHAPITRE XUL 43tt
tiennes , malgré son organisation sage et forte , le travail libre reste frappé de défaveur et d'atonie.
Une double concarrence ferme à ses produits les plus larges issues : d'un côté , celle de Tesclavage , puissante encore bien qu'amoindrie ; de l'autre , celle des fabriques impériales , où les hommes libres eux-mêmes sont enrôlés et retenus héréditairement i . Ajoutez à cela les lourdes charges dont le fisc ne cesse de le grever depuis Caligula et Yespasien ^, et surtout cet odieux impôt du chrysargyre 3, qui désespère l'ouvrier en lui disputant une à une les miettes de pain , fruits de ses sueurs. Les bras se retirent de ces labeurs ingrats qui ne les peuvent nourrir. La production décline ; tout renchérit. Des lois de maximum , des tarifs obligatoires sous peine de mort ^ essaient d'arrêter le mal, et l'aggravent : le découragement pousse à loisivelé qui produit la misère; le paupérisme fait de hideux progrès. Une populace de lazzaroni encombre Antioche, Rome, Alexandrie, Byzance. En vain les orateurs chrétiens flétrissent la paresse, rien ne peut ranimer cette fatale torpeur. Le travail sans sécurité, sans bénéfices, dévoré par le fisc, tombe dans une décadence toujours plus profonde. Les foules aiment mieux recevoir le pain sans rien faire que de travailler pour mourir de faim; et leur vie se passe aux thermes, à l'amphithéâtre, à l'hippodrome, devant les tréteaux des saltimbanques et des funambules -^ « Le grand mal de notre temps, disait Chrysostôme indigné , la source de tous les maux , c'est la persuasion d'un grand nombre que le travail et les métiers sont un déshonneur. Ils n'ont pas honte de pécher, d'offenser
• > Naudet, Adm. deTcmper., 3' pari., c. 3 , art. 6.— Wall., hist. de l'escl., t 3, p.2o3.
2 Sucton. , in Calig,, n. iO, et in Vesp,, n. 23. ' Voir la note il ^ à la fin du volume.
4 Voir la note B * à In fin du volume.
5 Chrys., 1.2, p. 197 et 549; t. 4 , p. 48 ; t. 6, p, 114; 1.7, p. 402; l. 11, p. 125; 1. 12, p. 162. — Amm. Marc, 1. U, c. 6, in fin.
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Dieu : ils De rougissent que de gaguer honnêtement leur vie , et on les voit se traîner à la porte des autres , importuns à tout le monde , plus vicieux , plus méprisables de jour en jour », »
Du reste, l'exemple du vice descendait de haut. Les palais des grands étaient, la plupart, des maisons de jeu , où d'habiles fripons , sous les yeux du maître et de compte à demi avec lui^ exploitaient les clients et les visiteurs 3. Cupides et prodigues , orgueilleux et vils , ces hauts possesseurs de la richesse , s'inquiétaient peu des moyens de la maintenir ou de l'accroître. De là, les hardies invectives de la chaire chrétienne contre les riches , c'est-à-dire contre des fortunes souillées, qui n'avaient d'autre source que la délation, l'usure , la concussion , le pillage des provinces , d'autre emploi que le vice ^ . L'usure était une vieille tnaiadie de Rome *. La répubHque avait fait, pour la combattre, d'inutiles efforts. Après plusieurs essais malheureux , on s'était arrêté à un taux légal d'un pour cent par mois ». Mais cette énorme concession ne suffit pas à la cupidité patricienne , et l'on en vint à ne plus prêter qu'à vingt-quatre , à quarantehuit, à soixante pour cent*. Sylla, Pompée, Antoine, Cassius , Brutus , Caton lui-même , tous grands citoyens , mais grands usuriers, ne livraient pas leur argent à un autre prix. Sous l'empire, Sénèque criait philosophiquement contre les calendaires, la vente du temps, les mnglantes cmlésimes ^ , et l'usure n'avait pas de plus impi-
1 Chrys., in illud : Salut, prise , t. 3, p. 179.
^ Âmm. Marc, I. 28, c. 4.
3 Amm. Marc, 1. 22, ci; 1. 28, c i. — Claud. , in Eutrop. — S. Ambr., t. 2, p. 113 et 22.
* Tacit., Annal,, 1. 6, c. 16 : VetM urbi fœnebre malum.
6 Tite-Live, 7, 27. — Tacil., Ann , ibid.
^ Centesimœ, 1 p-^jo par mois; binœ centesimœt 24 p. ^/o par ao ; quaternœ centesimœ , i8 p. ^}q par an , quinœ cenlesimœ, 60 p. ^/q par an. — Voir Cicéron, m Verretn orat. 3. n. 70; — et ep. ad Atiic, 1. 6, ep. 2. — Hor., êatir. 2 du 1. 1, v. 14.
"^ Sen., de Benef., 1. 19, c. 7.