‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 213 sur 282 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

d'Egypte ^ Là> comme à Rome, les approvisionQeizieDts se faisaient par des corporations privilégiées de niarins, de boulangers , de marchands , dont les charges étaient oblig?.toires et héréditaires. Ântioche, Alexandrie, Carthage^ sollicitèrent comme un honneur Taumône de TÉtat ^ .

Mais ces ventes à vil prix , ces distributions gratuites , si onéreuses au Trésor, portaient-elles du moins un réel soulagement aux soufTrances du peuple? En voulant le sauver du désespoir, on le poussait à la paresse. Certes, si le gouvernement se proposait comme but suprême de sa bienfaisance la soumission des masses à son despotisme , il avait parfaitement réussi. Ses libéralités funestes avaient éteint dans les âmes la dernière étincelle d'activité libre* L'assistance publique n'était qu'une prime à Toisiveté et à la crapule . Tous les jours , à heure fixe , chaque citoyen alimenté montait, muni d'un billet, l'escalier assigné à son quartier, à sa division, et recevait, ou gratis ou à très-bas prix , un pain de trente-six onces en forme de couronne , et qu'on appelait le pain de l'escalier 3. A Rome , comme ailleurs, les grands, édifices destinés à l'aumône officielle étaient entourés de cabarets et de mauvais fieux. On passait de l'escalier du pain à l'antre de la débauche. Or, l'État, qui faisait manger ce peuple de mendiants, ne s'inquiétait pas d*autre chose , et pourvu que la multitude assouvie et abrutie obéit et se tùt, il fermait les yeux à tout. 11 arriva que ces infâmes maisons cachèrent des mystères d'horreur. A peine les misérables qu'y attirait le vice avaient-ils mis le pied dans le cabaret, que, le plancher

^ Socr., 1. 2, c. 13. — S'agit-il d'une distribution par an ou par jour? Dans la première hypothèse , Conslantinople était traitée plus parcimonieusement que Rome ; dans la seconde , nous arrivons k un chiffre fabuleux. Peut-être faudrait -il adopter une distribution de 80 mille boisseaux par mois.

a Euseb,, Hisl. eccl.» 1. 7, c. 21. —Wall., loc. et/., t. 3, p. 259.

s Cod.Theod., 1. 2i, t. 3.

s'affaissant sous eux , ils se trouvaient prisonniers dans une espèce d'atelier souterrain , où , sans espoir de délivrance , perdus pour leur famille, ils passaient la vie a tourner la metile. Un soldat de Théodose, pris à ce piège, usa de son poignard et s'échappa. Le prince fit raser ces affreux repaires * ; mais il ne supprima ni la misère ni la paresse , ces hauts pensionnaires de l'État entretenus à grands frais.

Du reste , le gouvernement qui avait pris à sa charge la nourriture des pauvres , leur laissait le souci de se loger. Bon nombre n'avaient d'autre demeure que la rue , d'autre couche que le pavé de marbre sous le portique des édifices publics. Les palais des riches, avec leurs immenses jardins , occupaient presque tout le sol de Rome. A peine restait-il un peu de place pour les chétives habitations des plébéiens , appelées t/isw/a, îles, le nom de maison, domus, étant exclusivement réservé à la demeure des grands. Entassés dans ces iles malsaines , les prolétaires s'en partageaient les différents étages et les mauvaises chambres sans lumière et sans air ^ ; • et ces tristes taudis se louaient à des prix fous , genre d'usure auquel l'indigence elle-même ne pouvait échapper. En vain les édits souverains avaient défendu d'élever plus haut que soixante pieds ces fragiles bâtiments construits à la hâte avec de mauvais matériaux ; l'espace manquant , les prohibitions tombèrent en désuétude , et l'on eut à déplorer chaque jour de nouveaux et terribles accidents.

Plus heureuse en apparence , l'aristocratie n'était que la première victime du despotisme impérial. Ses membres jouissaient d'immunités et de privilèges considérables , les titres les plus pompeux leur étaient prodigués, on les appelait grands, parfaits, perfectissimes, illustres,

* Socr., 1. 5, c. 18.

2 Vitruv., 2,8.— Jiiven., iaiir, 3, v. 199, 223. — Jusl. Lips., dt Mag, urb. Rom , 3, i.

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