CHAPITRE QUATORZIÈME
Principal objet de la prédicalion de Jean. — Appréciation d*un critique modenie. — Efforts de Toraleur pour arracher le peuple k l'ignorance et i la superstition.— Homélie sur les Calendes.^Libre arbitre de rhomme.
— Graves abus dans la célébration des noces. — Enseignements répétés sur la sainteté et l'indissolubilité du mariage. ~ Conseils aux époux chrétiens.
— Devoirs des pères et mères. — Education de l'enfance. — Livres païens.
— Les jeunes gens doivent être mariés de bonne heure. — Discours sur le choix d*une épouse — Mariage d'Isaac. — Applaudissements de Taudiioire.
Si le but du chapitre précédent a été atteint, le lecteur peut se faire une idée exacte de la situation respective du (Christianisme et du polythéisme à la fin du iv® siècle , sur ce champ de bataille où se heurtaient alors, d'un choc suprême, Tancien et le nouveau monde. Au plus fort de cette mêlée, entre les plus vaillants et les plus illustres, apparaît Chrysostôme , soldat , héros , martyr bien plus qu'écrivain et docteur. Un ennemi surtout attire son attention , occupe son courage ; celui-là, il le poursuit avec une ardeur implacable , et contre lui toutes les armes lui sont bonnes ; la raison , la passion , l'ironie , le sarcasme , l'invective, l'anathème. Qu'il explique un texte sacré, qu'il célèbre un martyr, au fond presque tous ses discours sont des philippiques, et il n'en est pas de plus véhémentes. Mais le tyran objet de ses haines , l'adversaire auquel s'acharnent ses coups , c'est le péché , quel que soit d'ailleurs le masque ou le nom qu'il porte. Confondre ses sophismes , signaler ses bassesses , mettre à nu ses laideurs , le livrer au mépris public , obtenir d'un auditoire ému un cri de
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repentir, et , en face des misères et des ignominies du siècle , poser en souveraine la parole de la Croix , c'est le but qu'il poursuit fièrement , sans regarder ni aux inimitiés qu'il soulève , ni aux blessures qu'il fait , avec la liberté et la force que donnent un noble caractère et de hautes convictions unies à un grand talent.
On a dit qu'indulgent à l'excès et d'une partialité visible pour les classes inférieures , il frappait sur les grands,, sur les riches avec une violence de langage plus digne d'un tribun que d'un prêtre ; et nous ne nions pas qu'une première lecture ne puisse vous laisser sous cette impression. Devenu de bonne heure , et par la nature même de ses devoirs , le confident et le témoin assidu des douleurs du peuple , l'orateur d'Àntioche en éprouve une triste.^se qui le suit partout , qu'il ne sait pas dissimuler, et qui , s'allumant en passion au fond de son âme aimante et généreuse , fait de lui l'avocat éloquent et opiniâtre des pauvres et des petits. Mais la pitié de leurs maux ne l'aveugle par sur leurs vices; en brûlant d'alléger le fardeau des uns, il veut aussi briser le joug des autres : et s'il tonne contre l'avarice , le luxe, l'orgueil , s'élève-t-il moins souvent , avec moins de force , contre la paresse , Tivrognerie , la superstition , l'amour effréné du cirque et de l'amphithéâtre, et toutes ces erreurs, toutes ces habitudes grossières, honteuses, déplorables d'un peuple enfant pour lequel il n'hésite pas à descendre aux plus petits détails de l'enseignement , à la réfutation terre à terre des plus absurdes préjugés, à se faire , lui le grand orateur, humble et patient catéchiste? Mais, convaincu que l'ignorance et les vices de ce peuple tiennent , en grande partie , à sa misère , à labandon où il gémit , au coupable dédain des classes élevées, s'il le plaint en le grondant , s'il évite d'irriter par des reproches trop amers des plaies déjà trop envenimées , si l'accent affectueux du père et de l'ami tempère à propos les incrépations de