‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 218 sur 282 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ici, du reste, des citations deviennent nécessaires; et, bien qu'elles ne puissent donner qu'une pâle idée de cette grande éloquence ef surtout de cette grande âme , cependant elles feront mieux connaître (]hrysostôme que toutes nos réflexions et tous nos discours. Suivons-le dans quelques-unes de ses attaques contre les erreurs et les vices du temps. Et d'abord, traduisons , en partie du moins, l'homélie sur les Calendes, où il combat , avec une sublime patience , des croyances populaires aussi ridicules que tenaces *.

« Nous avons à livrer bataille , dit-il, non aux Amalécites comme les anciens Hébreux , non aux barbares envahissant nos frontières , mais aux démons qui déploient aujourd'hui leur puissance au milieu de la place publique. Car les veilles diaboliques de ce jour , ces quolibets, ces sarcasmes échangés entre vous, ces danses nocturnes et toute cette comédie ridicule, jettent la ville dans une pire captivité que le plus cruel ennemi. Et quand vous devriez tous vous recueillir au-dedans de vous-mêmes , pleurer et rougir soit sur vos fautes personnelles , soit sur celles de vos frères , la cité ne pense qu'à se réjouir , à se couronner de fleurs , et , comme une femme élégante et somptueuse , Xagora se pare avec prétention et se revêt d'or, d étoffes précieuses, de mille objets étalés aux yeux , chacun dans son magasin s'appliquant à l'emporter par la beauté de ce qu'il vend sur les rivaux de son industrie. Cette espèce de lutte , bien que puérile , et accusant des âmes dont les pensées ne sont ni grandes ni élevées, n'a pourtant rien de très- funeste.... Ce qui a lieu dans les tavernes depuis ce matin, m'afflige plus viv.ment; car tout cela est plein d'impiété et d'intempérance : d'impiété , puisque ceux dont je parle observent les jours , croient aux augures , et sont persuadés que s'ils passent dans la joie et le plaisir le premier jour du mois, ils

^ s. Augustin combat les mômes erreurs et les mêmes abus. {Serm. de kalend., t. 5, p. 901 et suiy.)

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passeront de môme toute l'année ; d'intempérance , puisque dès Taurore hommes et femmes sont occupés à remplir et à vider sans cesse des flacons et des coupes de vîn. Ce sont là des choses indignes de votre profession de chrétiens, et vous devez non-seulement ne pas les faire , mais en détourner vos serviteurs, vos amis , vos voisins. N'avez- vous donc pas entendu ces mots de S. Paul : Vom observez les moiseï les jours, les saisons et les années ;je crains d* avoir travaillé en vain au milieu de vous > ? D'ailleurs, c'est le comble de la folie que de vouloir augurer de l'année entière par un seul jour, et non-seulement c'est folie, mais il faut reconnaître l'inspiration et l'action du diable dans une pensée qui fait dépendre votre vie non de votre prudence et de votre activité, mais de certaines révolutions des astres. L'année sera heureuse pour toi , si au lieu de passer le premier jour dans l'ivresse, tu le consacres, lui et les autres, à faire ce qui plait à Dieu. Les jours sont bons ou mauvais, non par une propriété naturelle à chacun , car un jour ne diffère pas de l'autre, mais par notre activité ou par notre lâcheté. Fais le bien , le jour sera bon : quand tu feras mal , il sera mauvais et présagera malheur. Si , pénétré de cet enseignement et appliqué à y conformer la conduite , tu sanctifies chaque jour par la prière et l'aumône , tu auras une année toute heureuse ; mais si tu négliges la vertu pour faire dépendre le bonheur de ton âme des débuts des mois et d*autres circonstances de cette espèce , tu resteras privé de tous les avantages auxquels tu avais droit. Voilà ce que le diable a vu , et parce qu'il voudrait éteindre en nous l'amour du bien , décourager nos bonnes résolutions , il nous persuade d'attribuer à l'influence des jours l'heureuse ou malheureuse issue de nos affaires. Car celui qui croit que les jours sont bons ou mauvais par eux-mêmes , ne s'inquiète pas plus de faire

t Ad Gai., c. i,T. 10.

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le bien les jours mauvais que d'éviter le mal les bons jours, convaincu que , dans le premier cas , la fatalité rend «es efforts inutiles , et que , dans le second , son inertie ne peut nuire en rien à un succès assuré d'avance : et ainsi , dans les deux cas, il trahit son salut , et comme si toute tentative de sa part était impuissante ou superflue , il passe sa vie dans l'oisiveté et le vice. Sachant cela, déjouons les ruses de l'ennemi , déposons ces tristes erreurs , cessons de préférer un jour à l'autre et d'avoir foi à ces vaines observances.... Tenons pour certain que rien n'est mauvais , si ce n'est le péché ; que rien n'est bon , si ce n'est la vertu et le culte perpétuel de Dieu. La joie de l'âme, ce n'est pas l'ivresse qui la produit , mais la prière spirituelle ; ce n'est pas le vin , mais la parole divine : car le vin n'engendre que les tempêtes , la parole divine crée la sérénité et la paix ; l'un obscurcit l'intelligence, l'autre dissipe les ténèbres; l'un crée des chagrins qu'on n'avait pas , l'autre console de ceux qu'on avait .'Non , rien ici-bas ne communique à l'âme tant d'allégresse que ces principes de notre sainte philosophie : mépriser les choses présentes, aspirer aux futures, regarder comme très-fragile tout ce qui est humain, richesses, puissance , honneurs , clientelle ! Sois plein de ces idées , et tu verras le riche sans éprouver les atteintes de l'envie , ta supporteras la pauvreté sans découragement , tu vivras dans une fête perpétuelle. Pour le Chrétien, en effet, il s'agit de fêter, non les nouvelles lunes , ni les entrées de mois, ni même le jour du Seigneur, mais la vie toute entière. Écoutons S. Paul quand il dit : C'est pourquoi célébrons notre fêle, non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de l'iniquité, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité « . Si donc ta conscience est pure , tes jours seront tous des fêtes , muni que ta seras de

^ I. ad Corinth,^ c. 5, ▼. 8.

la bonne espérance et paré de l'attente des biens futurs. Si , au contraire , tu manques d'énergie et t'abandonnes au péché, tu vivrais au milieu des plus grandes joies, que tu ne serais pas dans une meilleure situation que ceux qui sont plongés dans le deuil. Et que m'importe à moi la splendeur du jour, si ma conscience est enfoncée dans les ténèbres du vice? Si tu veux de la nouvelle lune tirer quelque fruit, fais ceci : Dès que tu vois Tannée finir , rends grâces au Seigneur qui a prolongé ton existence jusqu'à cet âge; excite ton cœur à la componction; rends- toi compte du temps que tu as vécu ; dis en toi - même : Les jours s'en vont, les années s'écoulent, ma course est à peu près finie. Partirai -je de ce monde les mains vides de toute justice? Le jugement de Dieu est à nos portes, et le reste de notre vie tourne h la vieillesse ! . . . Observer les jours est une erreur du paganisme qu'un Chrétien ne peut partager. Tu es enrôlé dans la cité d'en-haut, tu fais partie de la république des cieux , ta vie est mêlée à celle des anges , là où règne, non pas cette lumière qui fait place aux ténèbres, ni ce jour auquel succède la nuit, mais un jour sans fin, une lumière éternelle. Tournons de ce côté tous nos regards. Cherchez, dit l'Apôtre, ce qui est dans le ciel, où Jésus- Christ est assis à la droite de Dieu « . Tu n'as plus rien de commun avec celte terre où le soleil se montre pour disparaître ; mais si tu vis saintement , la nuit pour toi vaudra le jour. Pour qui vit mal , au contraire , pour qui s'abandonne à l'intempérance , au vin , à la débauche , il n'y a que la nuit , même en plein jour, non par l'absence de l'astre lumineux , mais parce que l'ivresse remplit de ténèbres l'entendement. Donc, attacher de l'importance à certains jours, attendre d'eux le bonheur, et à cette fin illuminer la place publique et tresser des couronnes , est

> AdCoUm., c. 3,T. 1.

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