CHAPITRE XIV
chose puérile et peu sensée. Affranchi de ces niaiseries , devenu homme et citoyen de la patrie céleste , ne t'amuse plus à allumer des lampes autour de X agora , mais allume dans ton âme la lumière spirituelle. Que voire lumière, a dit TÉvangile, luise devant les hommes, afin qu*ih voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est aux deux » . A quoi bon couronner de festons la porte de ta demeure? Vis de manière à recevoir un jour des mains de Jésus-Christ la couronne de la vertu > ! »
Dans un autre discours , Chrysostôme poursuit une autre erreur de ce genre , non moins absurde , et plus odieuse.
«Je veux extirper de vos âmes, dit-il , une funeste maladie. Bon nombre de gens portent la simplicité jusqu'à croire que les âmes de ceux qui meurent de mort violente deviennent des démons. Non certes, non, il n'en est pas ainsi. Ce n*est pas une fin tragique, mais une vie coupable, qui change une âme en démon , non par une altération de sa substance, mais par une dépravation de sa volonté qui la porte à imiter le démon. C'est dans ce sens que Jésus-Christ disait aux Juifs: Vous êtes les fils du diable^; non que chez eux la nature humaine fût transmuée en celle du diable, mais parce qu'ils faisaient les œuvres de celui-ci ; et c'est pourquoi le Sauveur ajoute : Vous voulez accomplir les désirs de votre père; et S. Jean, de son côté, s'écrie : Race de vipères, faites de dignes fruits de pénitence, et ne dites pas : Abra/uim est notr^ père *. L'Ecriture regarde comme parents, non pas seulement ceux que lient entre eux les liens du sang, mais ceux-là aussi qui se ressemblent par une certaine conformité de vices et de vertus : celui qui reproduit dans sa vie les mœurs d'un autre , est appelé son fils ou son frère. Mais pourquoi donc le diable a-t-il introduit parmi les hommes
> Chrys , t. 1, p. 698 et suiv.
3 Joan. 8. U.
' Luc, c. 3, V. 7.
46S S. JEAN GHRYSOSTOHE.
cette fausse croyance ? Pour déshonorer et abolir le culte des martyrs. Car les martyrs sont les victimes d'une mort violente, et il a voulu répandre sur eux un affreux soupçon. Mais il n'a pas réussi, et les téQK)ins de Jésus -Christ continuent à jouir de leur gloire. Par là, toutefois, il a obtenu quelque chose de plus funeste : il a poussé des hommes pervers , ses adorateurs , à massacrer de jeunes enfants , dans l'espoir que ce serait autant de démons attachés à leur service > . Mensonge que tout cela , mensonge ! — Mais les démons eux-mêmes ne disent-ils pas : Je suis tâme d'un tel moine ? — C'est précisément parce qu'ils le disent que je ne le crois point , car ils se moquent de ceux qui les écoutent. S. Paul leur imposait silence, même quand ils disaient la vérité > , . . . et Jésus-Christ les gronda vivement pour avoir osé dire : Nous saoùns qui lu es^.... Gardonsnous de croire à l'esprit mauvais; y eût- il du vrai dans ses paroles, fuyons-le, détestons-le. Ce n'est pas de lui, mais des divines Écritures que nous pouvons apprendre les dogmes salutaires et sûrs. Afin donc que vous sachiez que l'âme séparée du corps ne peut tomber sous la tyrannie de Satan , écoutez l'Apôtre : Celui qui est mort , dit-il , est justifié du péché ^^ c'est-à-dire, ne pèche plus. Car, si Satan ne peut faire violence à l'âme quand elle demeure dans le corps , évidemment il le peut moins encore quand elle en est sortie. — Comment pèchent-elles, direz-vous, si elles ne subissent pas de violence? — Volontairement, spontanément, elles se livrent au mal , sans qu'aucune oppression
1 La Cour d'assises de la Haute-Marne a condamné à )a peine de mort Jean Vaulrin , pour avoir coupé la tête à un jeune enfant de onze mois, dans le but de s'en f-iire un talisman. Vaulrin était convaincu que la tête d*un jeune enfant assassiné a la propriété de rendre invisible celui qui la porte , et il comptait s*en sen'ir pour voler impunément les châteaux du voisinage. (Messager du MUÎi^ 4 février 1857.)
2 Act. 16.17.
' Luc, c. i , v. 34.
^ Ad Rom,, c. 6.