CHAPITRE XIV
les y contraigne. Ainsi le déclarent tous ceux qui ont vaincu par leur courage les machinations de l'ennemi ; et nous voyons qu'il eut beau s'acharner à Job en toutes manières , il ne put lui arracher un blasphème. D'où il suit clairement que nous avons en nous-mêmes la puissance de résister ou d'obtempérer à ses insinuations , et que nous n'avons à subir de sa part ni coaction ni nécessité ^ . »
On soufTre de voir un tel homme condamné à descendre à chaque instant des hauteurs de sa pensée à des explications si élémentaires. Mais en vérité l'abnégation du génie est-elle moins admirable que le génie 1 Jean ne se pose pas cette question. Disputer une âme au vice, la rendre à la vérité et à Dieu , est à ses yeux la pins belle palme , et la seule qu'il aime à poursuivre. A ce point de vue, rien n'est petit; et d'ailleurs, n'excelie-t-il pas à relever les détails pratiques en les rattachant à ces grands principes de la morale chrétienne, que personne n'a plus magnifiquement exposés que lui ? On voit qu'il puise aux sources les plus élevées de la doctrine. Sous la simpUcité , l'élévation et la profondeur.
Citons encore , sur le même sujet : « Jésus-Christ , pour nous racheter, a versé son sang, et en retour il n'a exigé de nous ni cautions ni signatures : il s'est contenté d'un seul mot , et pourvu que tu dises du fond du cœur : Je renonce à ioi, Salan, et à tes pompes, Jésus -Christ te reçoit au nombre des siens. Prononçons-le , ce mot , et gardons-en la vérité , comme un dépôt dont nous aurons à rendre compte un jour. Or, les pompes de Satan , ce sont les théâtres , le cirque , le péché , l'observance des jours , les sortilèges , les augures. Et quels augures ! Un homme sortant de sa maison en rencontre un autre qui est boiteux, qui n'a qu'un œil , et il en tire un présage : voilà la pompe de satan ; car ce n'est pas la rencontre d'un homme qui fait le jour mauvais , mais de vivre dans le mal. Quand tu sors de chez
1 Chry«., t. 1, p. 727 et«uiT.
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toi , prends garde à une seule chose : le péché. Lui seul peut te nuire , en dehors de lui le démon même ne peut rien sur toi. Comment ! la vue d'un homme est un pressée menaçant à tes yeux, et tu, n'aperçois pas le piège du tentateur qui te remplit de haine contre un de tes frères duquel tu n'as reçu aucune offense! Dieu nous ordonne d'aimer même nos ennemis , et tu vas regarder de mauvais œil f détester le plue inoffensif de tes semblables ! Que c'est ridicule ! Que c'est déplorable et funeste ! Signalerai-je une autre absurdité non moins énorme? J'en ai honte , j'en rougis , mais l'intérêt de votre salut m'oblige à parler. Si je rencontre une vierge, dit -on, le jour sera stérile ; si je rencontre une courtisane , il m'apportera grand bénéfice » — Les auditeurs, à ces mots,
courbent la tête , et cachent leurs fronts dans leurs mains ; l'orateur indigné poursuit : — «Vous courbez la tête , vous vous frappez le front , vous voudriez vous dérober à mon regard ; mais ce n'est pas à présent , quand je vous parle , qu'il faut rougir, c'est quand vous agissez d'après ces malheureuses croyances. Voyez comme le diable est habile ; il nous porte à détester la femme chaste , à regarder avec plaisir, à aimer^l'impudique. Car il a entendu cette parole du Sauveur : Celui qui regarde une femme aoec un désir criminel, a commis le crime dans son cœur s et sachant que plusieurs d'entre nous ont vaincu les passions mauvaises, il cherche à les ramener au mal par une autre voie , en leur faisant attacher un présage heureux à la rencontre d'une femme perdue. Que voulez -vous qu'on dise de gens qui emploient les charmes et les ligatures, qui portent , attachées à leur cou ou à leurs pieds , des médailles d'or d'Alexandre le Macédonien ? Dis-moi , sont-ce là nos attentes , après le Calvaire , après la mort du
1 Matth., c. 5, V. 28.