‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 23 sur 282 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pas encore catéchumène, que déjà, chrétien fervent, il aspirait aux immolations du désert ^ , au martyre > .

Il avait 1 7 ans lorsque Julien , arrivé à Tempire et se hâtant de jeter le masque , se mit à persécuter sans relâche le Christianisme qu'il avait professé. Ântioche fut le principal théâtre de cette persécution , à la fois hypocrite et violente , qui fit des apostats , mais qui donna de nouveaux et glorieux martyrs à la cause de Jésus -Christ. Le César philosophe, qui mettait son ambition à faire mentir TÉvangile et à restaurer le polythéisme , ne put rester long-temps dans le rôle de modération qu'il s'était d'abord imposé. Sa haine , long-temps étouffée dans son cœur, débordait, malgré lui, dans tous ses discours et dans tous ses actes. Sachant bien , toutefois , par l'histoire des derniers siècles , que le sang des martyrs porte bonheur à la foi , et qu'il n'avait qu'à tirer le glaive contre les chrétiens pour les voir courir joyeusement au suppUce , comme des abeilles , disait-il lui-même ^ , à leur ruche, il se gardait de leur procurer le retentissement des morts glorieuses , dont la contagion lui semblait si redoutable^. Il essaya donc de la ruse et du sarcasme. Installé dans la capitale de la Syrie , il échangeait avec ses habitants des épigrammes et des satires , écrivait des Uvres contre les miracles et la divinité de Jésus- Christ ; mais en même temps il aboUssait les lois favorables au Christianisme portées par ses prédécesseurs , écartait les chrétiens de toutes les positions élevées et influentes , leur interdisait l'enseignement des lettres , les accablait de vexations et d'impôts , forçait les officiers supérieurs de l'armée à renoncer à leurs grades ou à trahir leur foi , donnait pour gouverneurs aux provinces les hommes les plus connus par la haine de

< De Sacerd,, 1. 1.

s Orat. in SS. Juvent. et Max, , t. 2 , p. 579.

> Chrys. , in SS, Juvent, et Max, , t. 2 , p. 579.

4 /6td. , âe S. BabyL , eont. Jul. , etc. , n. 22 , p. 57i.

U s. JEAN GHRYSOSTOME.

rÉvangile , fermait les églises , chassait les prêtres , confisquait les vases sacrés , excitait sous main les habitants des camp^^es , encore idolâtres , à se ruer sur les tombeaux et les oratoires des martyrs pour brûler les reliques et détruire les autels; et lorsque, après une expédition de ce genre où le sang avait coulé , un préfet , prenant les lois au sérieux, essayait de sévir contre les meurtriers , il sévissait contre lui , et s'écriait : « Quel mal y a-t-il donc que dix Galiléens succombent sous la main d'un Gentil ^ ? » Cela même ne suffisant plus à ses fureurs, il en vint contre les chrétiens aux derniers supplices ; seulement il les faisait tuer sans éclat , au milieu de la nuit , sous l'imputation de griefs imaginaires, autres que leurs croyances , s'appliquant à déshonorer les victimes , s'il l'avait pu , avant de les frapper ^ .

Une noble veuve , Publia , que quelques auteurs ^ ont pris à tort pour la mère de Chrysostôme , fut frappée au visage jusqu'au sang , parce que , l'autocrate passant devant sa porte , les vierges qu'elle gouvernait avaient entonné ce psaume de David : Que Dieu $e lève , et que ses ennemis soient confondus ^!

Tbéodoret , prêtre vénérable , conduit les mains Uées derrière le dos devant le comte Julien , oncle de l'empereur et renégat comme lui : « Tu es le débiteur du fisc , lui dit le magistrat ; honore les dieux et tu seras Ubéré. — Je ne dois rien à personne , répondit Tbéodoret, si ce n'est à Dieu , auquel je tâche d'offrir une conscience pure pour obtenir l'effet de ses promesses. — Obéis à l'empereur, poursuivit le comte apostat ; car il est écrit que le cœur du roi est dans la main de Dieu. — Oui , répliqua l'intrépide vieillard , le

' Greg. Nax. , orat. i , t. 1 , p. 127.

3 Greg. Nax. , orat, i , t. 1 , passim. — Socr. , lib. i , c. li. — Sozom , 1. 5, c. i et sq. — Théodor. , I. 3, c. 7 et sq. — Ruin., Ad. nutrttfr.,

p. eu,

' Herm. , p. i.

♦ Théod.,1. 3,c. 17.

Page 1