CHAPITRE XIV. 4fi
Seigneur, de mettre Tespoir de notre salut dans Timage d'un roi païen? Ignores -tu les œuvres de la Croix? Elle a vaincu la mort , «éteint le péché , rendu l'enfer inutile , brisé la puissance du diable , et tu n'as pas foi en elle quand il s'agit de la santé de ton corps ! Elle a ressuscité le monde , et tu doutes de sa vertu ! Quels châtiments tu mérites ! Tu recours aux ligatures , aux enchantements , tu fais venir chez toi de vieilles sorcières chancelantes sous le poids du vin , et tu n'as pas honte , tu ne rougis pas , toi élevé dans cette grande discipline du Christianisme, de descendre à de pareilles inepties ! Ce qui est pire encore, c'est que tu crois t'excuser, répondre à nos reproches, en disant que ces femmes sont chrétiennes, et qu'elles ne prononcent d'autre nom que c<'lui de Dieu. Eh bien! c'est pour cela même que je les déteste davantage ; car elles font servir à outrager le Seigneur en son propre nom, et en se disant chrétiennes elles font les œuvres des païens. Les démons aussi proféraient le nom du Très-Haut, et ils n'en étaient pas moins démons ; ils disaient à Jésus-Christ : Nous savons que tu es le saint de Dieu , et Jésus-Christ leur imposa silence et les chassa. Je vous en suppHe donc , soyez purs de ces erreurs.... lit de même que vous ne descendriez pas sur la place publique sans chaussure et sans vêlements , ainsi ne mettez pas le pied hors de chez vous sans avoir prononcé ces mots : Je renonce à toi, Satan, et à ta pompe, et à ton culte , et je m'unis à vous , Jésus-Christ ! Non , mon frère , ne sors pas sans cette parole , qui sera ton bâton , ton armure , ton boulevart ; ne sors pas non plus sans imprimer sur ton front le signe de la croix , et , sois-en sûr, il n'y aura dès- lors ni homme ni démon qui puisse te nuire > ! »
Un grave abus déshonorait la célébration du mariage. Pour rendre à cette grande institution sa puissance et
» Chrys., t. 2, p. 243
46e S. JEAN CHRYSOSTOME.
sa sainteté , le Christianisme en avait fait un sacrement ; mais ici encore les souvenirs païens troublaient Faction de rÉvangile. Non-seulement le bonheur des unions conjugales était sacrifié , comme toujours , aux vues grossières de la cupidité ; mais la fête des noces , même dans les familles chrétiennes, avait un caractère licencieux et, ^u dire de Chrysostôme , diabolique « . Le soir, quand la nuit enveloppait la cité , la fiancée , couverte de bijoux , le visage fardé, montait sur un char qu'escortaient des femmes, de jeunes filles , de jeunes hommes , des pantomimes , des danseuses , des joueurs de flûte. La troupe bruyante et avinée parcourait les rues, à la lueur des torches, en chantant des hymnes à Vénus , au miUeu des éclats de rire et des plaisanteries impudiques de la foule accourue de toutes parts pour voir passer le folâtre cortège. On arrivait ainsi à la maison de Tépoux , qui , debout sur sa porte , une couronne sur la tête , recevait sa jeune épouse des mains de sa mère, et, soulevant son voile , disparaissait avec elle, tandis qu'au-dehors la fête continuait , toute la nuit et le lendemain , par des jeux , des danses , des chants obscènes < .
« De quel droit , s'écrie Jean , exiges-tu la chasteté de ta femme , lorsque toi-même , dès le premier jour de votre union , tu lui donnes de telles leçons d'impudeur, tu prends soin qu'on dise, qu'on fasse en sa présence des choses qu'une esclave honnête ne voudrait pas entendre? Pendant si long-temps son père a pris tant de précautions pour que jeune fille , sous To^il de sa mère , elle ne dit ni entendît un mot imprudent; il l'a tenue dans sa chambre, au fond du gynécée , avec des portes , des verroux , des servantes commises à sa garde , lui défendant les promenades du soir et de se montrer à personne , même à ses parents ; et toi , en un seul jour , tu as détruit l'œuvre paternelle , et versé ,
> Chrys., t. 3, p. 195.