‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 222 sur 282 · CHAPITRE XIV. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. M

par cette pompe déshonnéte, la dépravation dans l'âme de ta fiancée ! N'est-ce pas derlk que viendront plus tard la jalousie, l'adultère , tous les malheurs? S'il y a tant d'unions stériles, tant de viduités précoces , tant d'orphelins, la cause n'en estelle pas là? Quand par ces chants lubriques tu as invité les dénu)ns à ton mariage , quand tu as repu leur obscénité de paroles impures , quand tu as introduit chez toi des mimes , des efféminés , tout le théâtre , rempU ta maison de courtisanes , et disposé ta demeure pour que le chœur tout entier des puissances infernales y prenne ses ébats , que peux-tu désormais attendre de bon ? Et pourquoi , je t'en prie , appeler des prêtres la veille , si le lendemain tu dois te livrer à de tels désordres? Tu veux te montrer magnifique? Appelle donc les pauvres. — Mais ils te feraient honte? — Quelle absurdité ! Tu ne crois pas faire une chose honteuse en attirant le diable chez toi , et tu rougirais d'ouvrir ta porte à Jésus-Christ ! Car Jésus-Christ vient avec les pauvres, comme le diable avec ces comédiens et ces danseuses. D'ailleurs , des dépenses que tu fais pour de telles gens , nul avantage , beaucoup d'inconvénient ; de celles, au contraire, que tu ferais pour les pauvres , tu tirerais bientôt grand profit. — Mais personne dans la ville n'agit ainsi. — Commence , et tu seras l'auteur de cette heureuse innovation , et la postérité t'en rapportera l'honneur ^ . . . Quand même il n'y aurait contre ceux qui pratiquent ces infamies ni peine ni supplice dans l'avenir, n'est-ce pas déjà un grand supplice que d'être l'objet des plus sales quolibets , de la part d'hommes ivres et perdus , en présence de tout un peuple qui les entend? Les pauvres , du moins, quand ils reçoivent de nous quelque chose , nous bénissent , nous souhaitent toutes sortes de biens ; vos conviés, une fois repus, jettent à la tête des nouveaux époux les plus dégoûtantes injures, et

* Chrys. , l. 3, p. 195,

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c'est entre eux une émulation diabolique à qui dira les choses les plus obscènes , et fera monter le rouge au front de la femme et du mari. Faut-il d'autres preuves que tout ici, actes et paroles, est inspiré par Tenfer? Qui pourrait en douter encore? Personne, à coup sûr; car ce sont bien là les récompenses du diable : sales plaisanteries, ivresse, délire de Tâme. Que s'il est des personnes qui s'imaginent que l'admission des pauvres à leurs noces soit un présage funeste , une menace de malheur , qu'elles sachent qu'il n'y a pas de plus sûr indice , de plus certain présage de chagrins et de calamités, que de négliger les pauvres et les veuves pour nourrir des hommes infâmes et des femmes perdues. Souvent, en effet , on a vu dès le premier jour la prostituée séduire et enchaîner l'époux, éteindre son amour pour réponse , et jeter dans son cœur les semences de l'adultère. De pareilles conséquences, alors même qu'elles seraient les seules , devraient être redoutées des chefs de famille , et faire exclure des noces de leurs enfants les danseuses et les comédiens ; car le mariage a été institué pour favoriser, non la débauche et la prostitution , mais la chasteté * . »

A propos de mariage , Chrysostôme avait à combattre non-seulement la licence païenne qui en accompagnait la célébration, mais surtout les vieilles et fausses idées qui en altéraient Tessence, et malheureusement avaient pour elles la double sanction des mœurs et des lois. Il avait à établir, à inculquer dans les âmes, à faire prévaloir le grand principe chrétien de Tunité, de l'indissolubilité du mariage : de là ses fréquentes sorties contre ladultère, qu'il définit autrement que le droit romain.

« Je n'ignore pas , dit - il , que plusieurs ne voient l'adultère que dans la faute commise avec une femme

« Chrys. , l. 3, p. 196.

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