CHAPITRE XIV
mariée. Moi, je vous dis quil y a adultère toutes les fois que vous , iiomme marié , vous péchez avec uae femme : qu'elle soit courtisane, esclave, libre, peu importe; le crime se mesure , non par la condition seule de la personne séduite , mais par celle aussi du séducteur. Ne m'objectez pas les lois civiles, qui traînent en justice et frappent d'une peine les femmes coupables d'adultère , tandis qu'elles laissent l'homme impuni quand sa licence n'a que des esclaves pour victimes < . A de pareilles lois j'oppose la loi de Dieu, qui ne traite pas autrement l'homme que la femme. En effet, après avoir dit : Que chcufue femme vive avec son mari, TApôtre ajoute : et que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit '^. Qu'entend - il par-là"? Que l'époux doit veiller sur les revenus de l'épouse? Lui conserver sa dot intacte? Pourvoir à sa table , à sa toilette, à son service? Que dis -tu, Paul? Tout cela sans doute , le mari le doit à sa femme. — Ce n'est pourtant pas de cela que je parle , répond-il , mais de la chasteté , de la fidélité conjugale. Le corps de l'époux n'est plus à lui, mais à son épouse. Qu'il lui en conserve donc la possession intacte , sans l'altérer, sans la souiller, comme un serviteur fidèle conserve à son maître, sans en rien détourner, les sommes qu'il en a reçues. Et l'Apôtre nous explique sa pensée , quand il ajoute : Le corps de la femme n'est plus en sa puissance , mais en celle de son mari ; et de même le corps du mari n'est plus en sa puissance , mais en celle de sa femme ^. Quand donc tu verras la
1 s. Jérôme opposait de même la loi de J.-G à celle des princes, les apôtres aux jurisconsultes : « Aliœ sunl leges Cffsorumy aliœ Chrisii. Aliud PapinianuSj aliud Paulus noster prcpcipil . Apud illos^ viris mpudicitiœ frena laxnntur , et solo stupro atque adulterio condemnato , passim per lupanaria et ancillas libido perm ititur ; quasi ctilpam facial dignitas , non voluntas. » Ep. 84 , ad Océan, de mort. Fabiol. , t, 4 , part. 2 , p. 658.
^ I. ad Corinth,, 7.3.
^ l. ad Corinth, , 7, i.
courtisane s'approcher , l'entourer de ses pièges > te parler d'amour , dis-lui : Mon corps n'est plus à moi , il est à ma femme ; et je n'ai pas le droit d'en disposer , ni de livrer ce qui lui appartient à une autre qu'elle. . . Car, enfin , si elle a quitté le toit paternel , et son père , et sa mère , si elle est venue à toi , ce n'est pas pour être accablée d'outrages , pour se voir préférer une vile servante , pour être querellée sans cesse par celui qui doit être son protecteur, mais pour être la compagne de ta vie , pour être traitée par toi comme une femme libre et d'un rang égal au tien. Quoi ! s'il s'agissait de sa dot , tu te reprocherais de ne pas la gérer avec soin , de l'amoindrir le moins du monde ; et ce qui est plus précieux que toutes les dots , ton affection , ta fidélité , ton corps qui lui appartient , tu serais le maître de les profaner , de les souiller? N'est-ce pas absurde? Si tu touches à la dot de ta femme , son père t'en demandera compte ; si tu manques de fidélité , c'est Dieu qui te punira , Dieu qui a institué le mariage et t'a donné ton épouse ! Et que ceci soit vrai , tu peux le conclure de ces mots de S. Paul , à propos des adultères : Qui méprise ces règles, méprisse, non un homme, mais Dieu, qui vous a donné son Saint-Esprit > • Vois -tu comme par toutes les paroles de l'Écriture on arrive à établir qu'un homme marié est coupable d'aduK. tère , non-seulement quand il débauche une femme mariée ,
mais alors même qu'il pèche avec une courtisane Ne
négligeons pas notre salut : n'allons point par ce crime détestable livrer notre âme au démon. C'est de là, en effet, que viennent tant de procès , la ruine de tant de familles ; par là que toute affection est détruite , la charité anéantie. Car, de même qu'il ne peut se faire qu'un homme chaste néglige et méprise sa femme ; ainsi n'est - il pas possible qu'un homme débauché aime la sienne , fùt-elle la plus belle des
1 1. ad Thtual,, i, 8.