CHAPITRE XIV
romain en matière de divorce < ! « Mes enfants , s'écriait le saint orateur, n'agissez pas ainsi. J'entends dire de vous des choses affligeanies ^ ! Ce n'est point à tous que ces paroles s'adressent : je sais à qui ! Où se montre la blessure est appliqué le remède ! Pourquoi violes -tu le mariage? Pourquoi outrages -tu le lit conjugal? Pourquoi infliges -tu cette tache à ton noms?» — Et toutes les fois qu'il en a l'occasion , Chrysostôme insiste pour établir, à rencontre de toutes les objections , l'indissolubilité absolue du mariage, instituée à l'origine du genre humain par Dieu lui-même, promulguée de nouveau sans exception par Jésus- Christ, et restée à jamais le principal pivot du bonheur des familles et d'une société bien ordonnée. N'est-ce pas à cette occasion qu'il dit cette belle parole : L'adultère n'est la femme de personne * ?
Du reste , ces discours produisaient une salutaire impression. « Il y a quelques jours , disait le prédicateur satisfait, je vous parlai longuement du mariage, et vous enseignai que c'est un véritable adultère de répudier son épouse, ou d'épouser, son mari vivant, une femme répudiée ; je vous citai la loi de Jésus-Chrîsl si formelle sur ce point. J'ai vu alors plusieurs de vous baisser la tête et se frapper le visage , et à cette vue , levant les yeux au ciel , j'ai dit : Béni soit le Seigneur ! 11 fait que je ne crie pas à des oreilles mortes, et que mes paroles touchent les cœurs de ceux qui m'écoutent! — Certes, il serait mieux de s'abstenir du péché ; mais c'est encore un bonheur que de condamner le mal dès qu'on le connaît , et de réformer avec soin sa conscience*,»
A côté de ces graves enseignements , Chrysostôme a des
1 s. Hier. , ad Océan, de mort, Fabiol,
2 I. Reg., 2 , 24.
' Chrys. , t. 5, p. t59 , in pi. 43.
* fd.,fWd., p. 211.
cooseils pleins de charme . L'oratear est descendu de Tambon, le prêtre a quitté l'autel , pour venir s'asseoir au foyer de ses frères ; et là , comme l'ange chez Tobie , entouré d'une tendre vénération , il traite des intérêts les plus intimes de la famille , avec un abandon délicat et une grâce incomparable. On voudrait tout citer.
« Que le mari ne croie pas inconsidérément et à la légère ce qu'on lui dit contre sa femme ; que celle-ci né scrute pas avec curiosité les allées et venues de son mari , qui de son côté ne doit donner matière à aucun soupçon. Dis-moi , crois-tu qu'en te livrant tout le jour à tes amis, et ne paraissant que le soir auprès de ta femme , tu pourras contenter son affection, écarter de son esprit les pensées qui la troublent? Si elle se plaint, ne t'en fâche pas ; car ses plaintes prouvent sa tendresse , non son exigence : ce sont les cris d'un amour ardent , qui craint qu'une autre ne lui ravisse son bonheur..... Que l'un des époux, s'il est plus riche, ne reproche pas à l'autre sa pauvreté. L'amour de l'argent perd tout. Que la femme ne dise pas à son mari . Homme timide et lâche, esprit paresseux et somnolent, tel autre à côté de toi , malgré la bassesse de sa naissance et de sa position , à force de périls bravés et de voyages entrepris , est parvenu à ramasser de grandes richesses : sa femme couverte d'or parcourt la ville dans un beau char attelé de mules blanches, traînant après elle une troupe d'esclaves et d'eunuques ; et toi , tu n'es qu'un poltron , et ta vie est complètement inutile ! — Non, que la femme ne tienne pas ce langage ; car le corps est fait pour obéir , non pour commander à la tête ! — Comment ferai -je, réphque-t-elle , pour supporter la pauvreté? Qui me viendra en aide?— Eh bien ! qu'elle songe à de plus pauvres qu'elle , à tant de nobles femmes et d'une haute naissance qui non-seulement n'ont rien reçu de leurs maris, mais leur ont abandonné, ont sacrifié pour eux tous leurs biens I Qu'elle songe aux périls qui naissent de la for-