‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 226 sur 282 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tune , et qu'elle embrasse sans se plaindre une vie qui a du moins l'avantage d*étre exempte d'agitations. Au surplus, si elle aimait son mari , elle préférerait sa présence avec la pauvreté à dix mille talents , au prix des sollicitudes et des soucis de l'absence . — Mais, d'autre part, que le mari vexé de ces reproches ne se livre pas à l'emportement : qu'il l'exhorte , qu'il l'avertisse , qu'il ménage sa faiblesse , et la ramène par le raisonnement à d'autres pensées. Surtout qu'il se garde de lever la main sur elle : loin d'une âme libre de tels procédés ! Point d'outrages , point d'injures ; qu'il se souvienne qu'elle est douée d'une raison moins forte , et que doucement il l'éclairé et l'apaise . Qu'il lui apprenne que la pauvreté n'est pas un mal ; qu'il lui apprenne , non -seulement par ses paroles, mais par sa conduite, à mépriser la vaine gloire, et la femme ne dira, ne désirera rien de semblable. Que, l'entourant d'un çieux respect dès le premier soir qu'elle a mis le pied chez lui , il lui enseigne la tempérance , la modestie , la douceur « à mener toujours une vie honnête, à ne pas aimer l'argent, à pratiquer la philosophie chrétienne , à ne pas charger d or ses oreilles , son visage , son cou , à ne pas thésauriser en secret, à préférer une simplicité élégante aux vêtements somptueux et dorés, au luxe insolent. Loin de toi cet étalage théâtral ! Orne ta maison avec décence et bon goût, et qu'on y respire , en entrant , au lieu de parfums , la modération et la sagesse... Profite des premiers temps de votre union , quand ta jeune épouse éprouve encore vis-à-vis de toi une crainte pudique et respectueuse, pour lui tracer les règles qu'elle doit suivre, pour former son âme et sa vie. Montretoi aussi réservé qu'elle, lui expliquant ta pensée en peu de mots, mais pleins de sens et de portée. Dis-lui avec la grâce la plus parfaite : Chère petite 611e , je t'ai choisie pour la compagne de ma vie , j'ai associé mon existence à la tienne, dans les choses les plus importantes et les plus nécessaires

d'ici-bas : Téducation des enfants et le gouvernement de la famille — Je pouvais épouser une femme plus riche, d'une naissance plus illustre , je ne l'ai pas voulu ; j'ai aimé ta douceur, ta modestie, ta vertu.... La forlune ne m'a pas attiré ; je savais qu'elle n'est pas un bien , mais une chose méprisable , et qui échoit souvent aux voleurs , aux courtisanes, aux profanateurs des tombeaux. Aussi ai-je tout dédaigné pour ne voir que les qualités de ton âme , que j'estime au-dessus de tous les trésors ; car une fille sage , de sentiments élevés, et pieuse, vaut le monde entier. Voilà pourquoi je me suis attaché à toi ; voilà pourquoi je t'aime et te préfère à ma propre vie , car la vie présente n'est rien; mais je t'adresse mes prières, mes recommandations, et je fais tout pour qu'il nous soit donné, après avoir passé la vie actuelle dans un mutuel amour, d'être encore réunis et heureux à jamais dans la vie future. Tout ce qui est d'ici-bas est court et fragile : mais si nous avons su nous rendre dignes de la bonté de Dieu , au sortir de ce monde, nous serons éternellement avec Jésus-Christ, éternellement l'un avec l'autre , au sein d'une félicité parfaite. Ton affection me plaît par-dessus tout, et rien ne me serait aussi pénible que d'avoir en quoi que ce soit une autre pensée que la tienne. Quand il me faudrait tout perdre, devenir plus pauvre qu'Irus, encourir les plus extrêmes périls, tout souffrir, rien ne me coûtera, rien ne m'effraie pourvu que je possède ton amour, et c'est toi

encore que j'aimerai dans nos enfants L'Écriture a

dit : Uhcmme quittera son père et sa mère pour s^attacher à sa femme ; qu'il n'y ait donc entre nous aucune espèce de dissentiment. Je renonce volontiers à l'argent , aux esclaves , aux honneurs : ton amour est préférable à tout ^ . . . »

< Ghrys., t. il , p, 152 à 156. — Hom. 20, m ep, ad Eph,

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