‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 227 sur 282 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

« Ne crains pas , mon ami , que ce langage donne à ta femme trop de prétention ; avoue-lui que tu Taimes. Une courtisane abuse des sentiments qu'on lui exprime pour devenir insolente ; une personne bien née n'en est que plus soumise. Montre-lui que tu fais grand cas de sa société; que tu préfères rester près d'elle à ton foyer que d'aller discourir sur la place publique ; préfère-la ouvertement à tes amis , même aux enfants qu'elle t'a donnés , et que ceux-ci te soient chers surtout à cause d'elle. Ce qu'elle fait de bien, n'hésite pas à le louer, à l'admirer. S'il lui échappe une inconséquence propre à son âge, avertis et conseille. En toute occurrence, élève-toi contre l'amour de l'argent et les grandes dépenses; inspire-lui le goût de cette parure qui vient de l'honnêteté, de la modestie, de la beauté de l'âme.

»Que les prières vous soient communes. Allez ensemble à l'église , et au retour entretenez-vous l'un l'autre de ce qu'on a lu et prêché. Si vous êtes pauvres , cite-lui S. Pierre et S. Paul , plus honorés que tous les monarques , bien que leur vie se soit écoulée dans une parfaite indigence. Enseigne-lui qu'il n'y a rien de redoutable ici-bas , si ce n'est l'offense de Dieu

» Qu'aucun de vous, bien -ai mes, n'ambitionne de se marier avec une femme plus riche que lui ; mieux vaudrait la choisir plus pauvre. Une femme riche vous apportera moins de jouissances par la fortune que d'ennui par ses exigences , ses prétentions , ses grandes dépenses , ses paroles hautaines et méprisantes. Elle dira peut-être : Je n'use rien qui soit à toi," je m'habille à mes dépens et sur les revenus qui me viennent de ma famille. Que dis-tu-là? Ton corps ne l'appartient plus , et tu t'appropries tes biens ! Une fois mariés , l'homme et la femme ne font plus qu'un ; et vous auriez non pas une fortune commune , mais deux fortunes distinctes! 0 fatal amour de l'argent! Vous n'êtes qu'un même être, une même vie, et vous parlez encore

du tien et du mien! Parole exécrable et crimiDelle, io ventée par l'eu fer ! Dieu nous a rendu communes des choses plus nécessaires que les richesses ; il n'est pas permis de dire : La lumière est à moi , le soleil est à moi , l'eau est à moi ; les biens les plus importants nous sont communs; l'argent seul ne le serait pas entre deux époux! Périsse mille fois l'argent , ou plutôt non , oiais périsse cet attachement à l'argent , qui ne sait pas en user et qui l'estime au-dessus de tout !

« Apprends ces choses-là à ta femme , mais avec une grande bonté. L'exhortation à la vertu a par elle-même quelque chose de trop sévère , surtout si elle s'adresse à une jeune personne délicate et timide. Quand donc tu t'entretiendras avec elle de notre philosophie , mets-y beaucoup de grâce , et cherche principalement à arracher de son âme le iien et le mien. Si elle dit : Ceci est à moi, réponds aussitôt : Que réclames-tu comme étant à toi? Je l'ignore; car, pour moi , je n'ai rien en propre ; et ce n'est pas telle ou telle chose , c'est tout qui t'appartient. Passe-lui donc cette parole. Ne yois-tu pas comme on fait avec les petits enfants? Quand l'un d'eux nous a pris un objet de la main et veut en avoir encore un autre , nous les lui abandonnons tous les deux , et nous disons : Oui , cela est à toi , et cela aussi. Faisons de même pour la femme, car cest ime âme d'enfant. Si elle dit : Ceci est à moi, dis-lui : Oui, tout est à toi , et moi aussi, tout le premier, je suis à toi. Et ce ne sera pas flatterie , mais sagesse. Ainsi, tu pourras tour-àtour apaiser sa fougue et guérir son abattement Et tu

l'enchaîneras à toi par ce langage , bien plus que l'esclave acheté deniers comptant

» Ne lui parle jamais à la légère , mais toujours avec douceur, avec respect, avec amour. Entoure-la de tes hommages , et elle n'éprouvera pas le besoin d'en recevoir d'autres ; elle n'ambitionnera pas une estime étrangère , si

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