CHAPITRE XIV. 47tt
elle jouit de la tienne. Préfôre-la à tout et en tout, et pour la beauté , et pour la sagesse ; prends soin de la louer, et, sois-en sûr, son cœur ne s'inclinera vers personne, elle dédaignera tout pour toi. Apprends-lui surtout la crainte de Dieu , et toutes les joies découlant de là comme d'une source vive rempliront la maison. En poursuivant les biens éternels, tu obtiendras aussi les biens passagers, car le Seigneur Ta dit : Cherchez le royaume de Dieu, ei ioui le reM vous sera donné par sur croit. Quels fils auront de tels époux! Quels serviteurs, de tels maîtres ! Leur bonheur se répandra sur tout le monde autour d'eux « ! »
Avec les devoirs des époux, l'éducation des enfants : autre thème sur lequel Chrysostôme revient avec une insistance qui prouve tout le prix qu'il y attache. On sent dans tout ce qu'il en dit comme un retentissement des leçons et de la tendresse de sa mère ; et. sans doute l'image vénérée de cette noble femme était présente à son regard , l'écho de cette voix grave et douce vibrait dans son cœur, quand il célèbre , dans un style si ému , le martyre et l'héroïsme de la mère des Machabées ^ , la sage prévoyance , le pieux dévouement de celle de Samuel , cette femme qui fui , dit-il, père et mère à la fois^, et dont Je ne peux m'oter le souvenir; tant j'admire la forme et la beauté de son âme! tant faime ces yeux gui mêlaient quelquefois des larmes à la prière, ces lèvres, ce visage que le fard ne toucha jeûnais, et dont l'unique parure fut la reconnaissance envers Dieu * / Le souvenir d*Anthusa lui inspire aussi ces belles paroles : « Ce n'est pas Tenfantement qui fait la mère , mais l'éducation ; car l'enfantement est l'œuvre de la nature , l'éducation est l'œuvre de la volonté * . »
» Chrys., t. 11, p, 156.
« tihrys., l. 11, p, lot).
3 Chrys., de Machab. , serin. 1, t. 2 , p. 626.
3 /d., de Ann. , serm. 2, t. 4, p. 711.
4 /(/. , de Ann., serm. 4, t. 4, p. 732
& Id. , de Maehab. , serm. 1 , n. 3 , t. 9, p. 626,
480 S. JEAN CHRYSOSTOHE.
Devoir commun du père et de la mère , l'éducation appartient surtout à celle - ci ; à elle , sous ce rapport , la plus grande part du mérite, comme la plus grande part du labeur ; et Chrysostôme rappelle à tout instant, sous toutes les formes ^ , que le salut de la femme est attaché , d'après S. Paul, à la bonne éducation de ses enfants ». Ck)mparant la maternité au sacerdoce ^ , il veut que chaque mère professe pour le fruit de son sein un respect pieux , à l'exemple de la mère de Samuel , pour qui son jeune fils était comme ces vases d'or consacrés au Seigneur , auxquels on ne peut toucher à la légère * . « Mères , s'écrie-t-il , imitez cette mère ; hommes , rivalisez avec cette femme ; ayons pour nos enfants la même sollicitude , élevons-les avec la même vigilance dans la pratique des vertus et surtout de la chasteté. Les mœurs , voilà ce qui doit nous préoccuper le plus quand il s'agit du jeune âge ; car de ce côté -là sont les plus grands périls, c'est le côté le plus vulnérable. Certes, quand nous voyons Tune de nos servantes aller et venir, une lampe à la main, nous lui recommandons d'éviter les lieux où serait du foin, de la paille, toute autre chose semblable, le moindre souffle pouvant, à son insu , incendier la maison. Ne soyons pas moins précautionneux pour nos fils ; gardons-nous de les conduire au milieu de filles coquettes , effrontées , impudiques ; et s'il y a chez nous ou dans notre voisinage quelque créature de ce genre , défendons-lui de se présenter à eux , de leur adresser la parole , de peur qu'une malheureuse étincelle tombant dans ces âmes sans défiance n'y cause un embrasement général et une perte irréparable. Détournons-les non-seulement des spectacles, mais des chants efféminés et lascifs, propres à les énerver;
« Clirys., l. 4, p. 705; t. Il, p. 160.
'^ AdTimoth., 1, c. 2,¥. 15.
» Chrys., t. 4, p. 726.
* Id., de Ann., serin. 3, t. 4, p. 724.