CHAPITRE XIV
ne les conduisons ni aux théâtres ni dans les orgies, et gardons -les avec le même soin que de jeunes filles qui ne quittent pas leur chambre. Le plus bel ornement de la jeunesse , c'est la couronne de la chasteté ^ . >
« 11 y a des pères, dit encore le saint orateur, qui font tout pour que leur fils ait un beau cheval , une superbe maison , un riche domaine ; qu'il soit honnête et pieux , peu leur importe. Et voilà une négUgence aussi insensée que coupable , et qui produit le bouleversement du monde. Car, en vain, votre fils possédera une magnifique fortune, s'il est incapable de l'administrer avec sagesse , ses richesses périront et s'évanouiront avec lui , non sans grand dommage pour son âme. Cherchons donc à rendre nos enfants riches , non point en or et en argent , mais en vertu , afin qu'ils éprouvent moins de besoins et n'estiment pas si haut les biens du siècle et les passions de la jeunesse. Observons attentivement leurs allées et venues, avec qui ils se font , quels sont leurs amis , et comprenons bien que notre insouciance à cet égard sera sans excuse devant le Seigneur. Car, s'il doit nous punir de n'avoir pris aucun soin du prochain, selon cette parole de l'Apôtre : Que personne ne cherche sa propre satisfaction , mais le bien des autres'^, combien plus sera-t-il sévère envers nous , si nous n'avons aucune sollicitude de nos enfants ! — Ce fils , dira-t-il , ne l'ai-je pas dès sa naissance placé dans ta maison? Ne t'ai-je pas fait son guide, son précepteur, son maître , son juge ? Ne t'ai-je pas donné tout pouvoir sur lui? Ne l'ai-je pas conlié tout jeune à ta direction ? A quelle grâce as-tu droit , si lu as négligé de le corriger ? — Que répondras-tu 1 Qu'il était difficile à conduire? Mais il fallait le prévoir au début , quand la chose était aisée , et tout petit encore , le soumettre au frein , l'habituer au devoir,
* Chrys. , de Ann. , serm. 1 , t. 4, p. 709. •'' 1. ad Corinih., c. 10, v. 24.
le guérir bon gré mal gré. Alors que la culture avait moins d'obstacles à vaincre , que Tâge était tendre , il fallait arracher les épines ; tu le pouvais sans peine , et les passions enhardies et furieuses ne braveraient pas aujourd'hui les efforts! C'est pourquoi il est écrit : Instruis les fils et accoutume-les au joug dès l'enfance « . L'Écriture ne se borne pas à te donner un ordre , elle entreprend l'œuvre avec toi. Comment ? Quand elle dit : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort^. .Vois- lu quelle crainte elle cherche à leur inspirer ? Quelle suprématie elle le donne sur eux ? Que nous sommes inexcusables ! Si nos flls se rendent coupables envers nous , Dieu venge notre injure aux dépens même de leur vie ; et quand ils outragent Dieu , nous ne songeons pas même à les en reprendre. Moi, dit le Seigneur, je n'hésite pas à punir de mort celui qui l'offense ; et toi , tu crains de contrisler, même par quelques mots , celui qui viole mes lois ! Quelle indulgence peut-il y avoir pour une pareille conduite » ?... 11 ne s'agit pas seulement de donner des avis , il faut corriger avec force, et si la gravité du mal l'exige, recourir aux remèdes violents. Ne vous bornez pas à parler ; inspirez la crainte , afin de secouer la lâcheté. Un père trop
indulgent devient parricide Je vous en prie donc, je
vous en supplie , prenons grand soin de nos enfants, et par tous les moyens préparons leur salut. Tu es le docteur et te maître de la famille , et Dieu t'a donné une épouse et des fils pour les guider et les éclairer. Cesl pourquoi S. Paul a dit en parlant des femmes : Si elles veulent savoir quelque chose, quelles le demandent à leurs maris chez elles * ; et en parlant des jeunes gens : Elevez4es dans
» Eccli.. c. T, T.24.
2Exod.,21.
s Chrys. ,t. 3, p. 316, 317, clc.
4 I. ad Corinlh,j c. 14, y. 35.