CHAPITRE XIY
la dimpline et la correction du Seigneur i . Regarde tes fiis comme des statues d'or que tu as à finir, à perfcctioDuer , en t'appliquant tous les jours à former, à orner leur âme. Situ les élèves bien, ils élèveront de même leurs enfants ; et , pour ainsi dire , une chaîne d'excellents principes s'étendra sur tous tes rejetons à partir de toi comme d'une source et d'une racine , et tu recueilleras indéfiniment les fruits de ta sollicitude. Si tous les pères faisaient leur devoir, il ne serait besoin ni de lois , ni de tribunaux, ni de châtiments, ni d'exécutions publiques; car, dit T Apôtre, ta loi n'est pas établie pour le juste 2. Mais faute de remplir notre mission envers eux , nous jetons nos enfants dans les plus grandes misères , nous les poussons aux abjmes... Celui qui traite son fils avec trop de délicatesse, aura plus tard à bander ses plaies «. Ainsi parle le Saint-Esprit , et de qui parle-t-il 1 De celui qui ménage, qui flatte, qui porte l'indulgence à Texcès. Or, si je dis cela, ce n est point pour que vous soyez trop sévères, mais pour que vous sachiez vous faire respecter. Ne répliquez pas que vous ne pouvez dompter la fougue de ladolescence . Tout le mal vient de nous et de ce que , dès le premier âge , nous n'avons pas formé ces jeunes cœurs à la piété. Les rendre habiles dans les lettres profanes , les pousser dans Tarmée , c'est notre unique ambition ; pour cela, nous donnons de l'argent, nous implorons nos amis, nous faisons mille démarches ; de les bien poserdans Testime du Roi des anges , nul souci. Ils ont la liberté de fréquenter le théâtre et le cirque , nous ne les poussons jamais à rÉglise ; ou , si jeunes encore ils y viennent quelquefois, c'est par hasard, sans recueillement et sans fruit. Portons -leur plus d'intérêt; et, de même que nous leur
» AdEph., 6, V. 4.
2 I. ad Tkessal., 1 , 9.
3 Eccl. 30, 7. -^Gr. — La Vulgate présente un autre sent.
demandons compte de leurs travaux dans les écoles , ainsi , quand nous les envoyons à TÉglise , ou plutôt quand nous les y menons , — car c'est notre devoir de ne pas les confier à des mains étrangères et de les conduire nous-mêmes au saint lieu , — nous devons les interroger sur ce qu'ils ont entendu et appris, et c'est ainsi que, sans trop d'efforts, nous les ferons arriver à la pratique de la vertu ^ ! »
Du reste , tous les avis de Chrysostôme sur cette matière importante et délicate se réduisent à un seul : que l'éducation soit chrétienne. De là , ses recommandations répétées d'éloigner des mains de l'enfance les livres païens.
« Je vous en prie , dit-il , n'habituez pas vos enfants aux fables des Grecs ; mais apprenez-leur , dès l'âge le plus ten dre , la crainte de Dieu « . • ^
Et ailleurs : « Yeux-tu que ton fils soit obéissant ? Élèvele dans la discipline et la correction du Seigneur. Gardetoi de regarder comme une chose superflue qu'il soit instruit des lettres divines , car c'est là qu'il apprendra tout d'abord à honorer son père et sa mère. Une telle éducation est surtout dans ton intérêt. Ne dis pas : C'est bon pour des moines; est-ce que je veux faire un moine de mon fils? Non, certes, il n'est pas nécessaire qu'il soit moine: fais-le chrétien. Ce sont les gens du monde qui ont le plus besoin des enseignements sacrés , les enfants plus que personne. A cet âge il y a un grand manque de sens ; or, ce manque de sens s'accroit par l'usage des livres païens où l'on apprend à admirer ceux qu'on y appelle des héros, alors qu'ils sont les esclaves des passions et des vices, et qu'ils redoutent la mort , comme Achille , qui se livre à son ressentiment et meurt pour une concubine , ou tout autre qui s'abandonne au vin et à Torgie. 11 faut
* Chrys. , !n illud : Vidua eligat , t. 3 , p. 316 et su iv. — Voir aussi hùtn. 9 m /. ad Timoth , t. 11, p. 596, etc. 3 Chrys. , hom. 2 m ep. /. ad ThenaL, 1. 11 , p. 525.