‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 231 sur 282 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

aux enfants le contre-poison de nos livres. Quoi ! n'est-il pas absurde de les envoyer aux écoles de belles-lettres, et de ne pas les élever dans la discipline et les enseignements de Dieu ? Aussi sommes-nous les premiers à recueillir les fruits de cette éducation , et nous avons des fils présomptueux, intempérants, indociles, grossiers. Croyez-moi, procédons autrement, et, suivant l'avis de l'Apôtre, instruisonsles dans la science du Seigneur. Donnons-leur l'exemple, et que , dès l'âge le plus tendre , ils lisent , ils étudient nos divines Écritures. Hélas ! à force de vous répéter cela, je vous parais radoter. N'importe , je ne cesserai d'accomplir mon œuvre « . »

Et il continue en effet ; les recommandations suivent les recommandations. Plusieurs portent sur le choix do précepteur. « On dirait que nous faisons moins de cas de nos enfants, s'écrie-t-il, que de nos esclaves; — que dis-je? de nos esclaves, — de nos ânes et de nos chevaux. Car, qu'il s agisse d avoir pour ceux-ci un palefrenier, nous le voulons aussi bon que possible, nous voulons un homme honnête, qui ne soit ni voleur ni ivrogne , et qui sache son métier. Mais s'il faut donner un précepteur à nos fils , nous prenons au hasard, et sans choix , le premier venu. Et cependant , il n'est pas de fonction dans le monde qui ait l'importance de celle-là. Qu'y a-t-il , en effet , de comparable à cet art de former et de régler l'esprit et le cœur d'un jeune homme? A celui qui l'exerce, il faut plus d'habileté et d'application qu'au statuaire et au peintre. Mais nous n'y songeons pas , et la seule chose à laquelle nous tenions dans l'éducation de nos enfants, c'est qu'ils apprennent à bien parler ; encore n'y tenons-nous que dans des vues grossières de fortune et d'argent > . >

» Chrys. , hom. 21, in ep. ad Eph, , t. 11 , p. 159. — Voir aussi fcom. 9, in /. ad Thessal.f ihid.^ p 596.

2 Chrys. , hom, 60, m Math. , t. 7, p. 605 , et t. 11 , p. 597.

Cbrysostôme est d*avis que les jeunes gens soient mariés de bonne heure, «quand ils sont purs encore de toute souillure , que la débauche n'a pas flétri leur cœur, et qu'ils peuvent apporter à leur femme un corps sans tache. Alors Tamour est plus ardent , la confiance plus parfaite. L'épouse a plus d'attraits pour l'époux. Si le jeune homme fut chaste avant son mariage, il le sera plus facilement après; s'il a vécu dans la débauche , il y retombera. D'ailleurs, pourquoi placer* la couronne sur la tête du nouveau marié s si ce n'est comme symbole de la victoire remportée sur ses passions? Mais s'il a cédé aux entraînements du vice , s'il s'est livré aux courtisanes, la couronne n'a plus de sens : c'est un mensonge ^ . »

C'est ainsi , avec cette familiarité paternelle , et sans que l'abandon de la parole affaibhH jamais la gravité de l'enseignement, que Cbrysostôme instruisait et dirigeait ce peuple d'Antioche , groupé par la confiance et l'amour autour de sa chaire. Ce n'est point un orateur, c'est un ami qui répand son âme dans le sein de ses amis , c'est le bon pasteur au milieu du troupeau qu'il aime , auquel il a voué sa vie et dont le bonheur est son unique ambition ; mais l'ami , le pasteur puise dans sa tendresse une éloquence à part, aimable , affectueuse , d'un abandon délicieux , qui charme et ravit ceux qu'elle corrige. Écoutez encore : Nous avons dans l'homélie sur le choix d'une épouse, un autre spécimen remarquable de cette prédication saisissante et inimitable qui unit ce que la parole oratoire a de plus élevé et de plus , puissant au laisser-aller d'une conversation pleine de mouvement , d'imprévu , de grâce , où tout plaît et captive les récits, les allusions, les tableaux, et jusqu'à la négligence elle-même. Qu'on nous permette de citer:

* Usage des Églises grecques maintenu jusqu'à présent. 3 Chrys. , serm, A de Ann., t. i, p. 710 ; et hom, 9 m/. ad Timoih, , t. 11, p. 597.

Page 1