CHAPITRE XIY
« Décidé à te marier, dit-il , tu cours chez les hommes de loi prendre des conseils : tu veux savoir ce qui adviendra si ta femme vient à mourir sans enfants , si elle n'en laisse qu'un, si elle en laisse deux ou trois; ou encore comment elle jouira de ses biens pendant la vie et après la mort de son père; quelle doit être, dans la succession de celuici , la part des fils, la part du gendre; dans quels cas il est permis au dernier de garder tout ce qui vient de sa femme, dans quels autres il est contraint de rendre tout à la famille. Tu poses avec sollicitude mille questions de ce genre , t'assurant par tous les moyens que rien de ce qui fut à ta femme ne fasse retour à ses parents ; et quoiqu'il ne s'agisse en tout cela , si tes prévisions sont en défaut , que d'une perte pécuniaire , lu ne négliges aucune espèce de précaution. N'est-il pas absurde d'attacher tant de prix à l'argent, et de dédaigner le sort de notre âme , le compte qu'il en faut rendre au dernier jour, quand c'est elle surtout qui devrait être l'objet de tous nos soucis? Pour moi, je conseille à ceux qui veulent se marier de consulter d abord S. Paul, de lire attentivement ce qu'il a écrit du mariage , et de ne pas aller en avant sans savoir de lui ce qu'on peut faire si on a le malheur d'être uni à une femme méchante , sujette au vin, mal embouchée, dépourvue de sens. S'il permet de la renvoyer pour l'un de ces vices et d'en prendre une autre ; courage , tu ne cours pas grand péril. Mais s'il ne le permet pas, s'il ordonne , au contraire , de l'aimer, quels que soient ses défauts , Timpudicité exceptée , arme-toi de force , sois prêt à supporter à jamais sa méchanceté. Cela te paraît dirûcile, impossible V Applique-toi donc à te choisir une épouse douce, complaisante, d'un caractère égal, certain que si tu la prends méchante , tu seras réduit à cette alternative, ou d'en subir la charge toute ta vie, ou, en la renvoyant, de te rendre coupable d'adultèrei H est écrit, en effet , que celui qui chasse sa femme hors le cas de for-
nication, la rend adultère, et que celui qui épmise la femtne ainsi renvoyée devient adultère lui-même ^ Si , avant de nous marier, nous nous pénétrions de ces pensées , si nous avions une exacte connaissance de ces lois , nous porterions tous nos soins à nous donner une femme d'un naturel heureux et, dès le premier jour, en harmonie avec le nôtre. Il en résulterait que non-seulement nous n'aurions jamais à ta renvoyer, mais que nous Taimerions d'une grande affection , ainsi que l'ordonne S. Paul quand il dit : Maris, aimez vos femmes^. Et il ne s'arrête pas là, mais il prescrit la mesure de l'amour, et ajoute : Aimez-les comme le Christ a aimé son Église. Or, je te le demande , comment le Christ a-t-il aimé son Église? Jusqu'à se livrer à la mort pour elle. Ainsi , s'il faut mourir pour ton épouse , lu n'hésiteras pas un instant ^ .
» L'Apôtre a dit encore : C'est un grand mystère que le mariage *. En quoi , s'il vous plaît? Le voici: Une jeune personne élevée dans la plus grande réserve, et qui, jusqu'au jour de ses noces, ne vit jamais son fiancé, de ce jour s'attache à lui et l'aime plus que sa propre vie. De son côté , l'homme qui n'a jamais parlé à la jeune fille , qui ne la connaît pas, du moment où elle est sa femme, la préfère à tout, à ses amis les plus intimes, aux membres de sa famille, aux auteurs de ses jours. Et ceux-ci, qui dans toute autre circonstance , si on leur prenait quelque argent, en éprouveraient un vif chagrin , traîneraient en justice le ravisseur, livrent leur fortune , sous le nom de dot , à un homme souvent inconnu, et, avec la dot, leur propre fille. Et ils le font avec plaisir, ne croyant pas en souffrir dommage ; et l'éloignement de leur enfant , dont ils ne s'étaient jamais séparés, ne leur cause aucune peine, ne leur arrache
1 Math., 5, 32.
3 AdEpk., h, 26.
8 Chrys., t. 3 , p. 212.
« AdEph.,b, 32.