CHAPITRE XIV
pas une plainte; ils en témoignent de la reconnaissance, et regardent comme une chose heureuse que celle qu'ils entouraient de tant de tendresse leur soit enlevée avec leur argent. Aussi TApôtre, considérant tout cela, et comment les époux quittent leurs parents pour se lier entre eux des liens les plus étroits , par une nouvelle aiTection dont la force est supérieure à toutes les autres , pensant , d'ailleurs , que ce n'est pas là une chose de l'homme , mais que de tels amours viennent de Dieu: Cesi un mystère, s'est-il écrié, un grand mystère! De même que l'enfant nouveau -né, même avant de savoir dire un mot, connaît son père et sa mère à leur visage, ainsi l'époux et l'épouse, sans que personne les y pousse, dès qu'ils se sont vus , s'attachent l'un à l'autre. Et S. Paul , ayant remarqué quelque chose de semblable dans les rapports de Jésus-Christ avec son Église, n'a pu contenir son- admiration. Comment cela a-t-il - lieu en Jésus-(]hrist et dans son Église ? Ainsi que l'époux quitte son père pour aller à son épouse , ainsi Jésus-Christ a quitté le trône paternel pour venir à son Eglise; et il ne nous a pas élevé au ciel avec lui, il est descendu jusqu'à nous sur la terre... Donc , puisque tu sais quel mystère il y a dans le mariage et de quelle, grande chose il est le symbole , garde-toi d*en traiter à la légère , et dans le choix d'une femme ne cherche pas l'accroissement de ta fortune ; car il s'agit ici non de trafic et de bénéfice , mais de la communauté de la vie pour toujours « . » J'entends dire : Un tel qui n'avait rien est devenu riche depuis son mariage , et grâce à sa femme il vit dans l'opulence et les délices. Que dis-tu là, brave homme? Tu veux bénéficier sur ta femme ! Et tu ne rougis pas ! Et tu ne vas pas de honte te cacher sous terre pour avoir pensé à de pareils lucres ! Est-ce là le langage d'un homme ? L'office
< Chrys., t. 3 , p. 216. — Le même sujet est traité dans rhomëlie 73 sur S. Mathieu, t. 7, p. 713.
490 S. JEAN GHRYSOSTOME.
de la femme est de conserver les biens déjà acquis, de veiller sur les revenus , de soigner les affaires de la famille ; Dieu nous Ta donnée, afin qu'elle soit notre aide en cela comme dans tout le reste. Car, notre vie ayant deux choses à faire marclter de pair, les,aflaires publiques et lesaffaires privées, Dieu a assigné à chaque sexe son rôle : à la femme les soins de Tintérieur ; à Thomme les intérêts publics , le forum , les tribunaux , le sénat , Tarmée. La femme ne peut manier la lance ni darder le javelot ; mais elle peut prendre la quenouille, faire de la toile , et s'occuper avec zèle de tout ce qui intéresse la maison. I£lle ne peut opiner dans le sénat; mais elle peut donner son avis sur les choses de la famille, et souvent avec plus de sagesse que le mari. Elle ne peut convenablement administrer la cité ; mais elle peut élever parfaitement ses enfants, qui sont sa principale richesse, corriger ses servantes , maintenir tout le monde autour d'elle dans le devoir, procurer à son mari une liberté douce, en lui épargnant les soUicitudes du ménage , et s'occupant de Toffice , de la cuisine , du travail de la laine , de la propreté des vêtements, et d'une foule de choses auxquelles l'homme ne peut s'appliquer ni facilement ni convenablement. La Providence a voulu que l'être qui a l'aptitude des grandes choses eût moins celle des petites, afin que l'aide de la femme lui fût nécessaire ; et, en effet, si l'homme excellait en tout, il se laisserait aller au dédain de la femme, et si la femme avait une part principale aux grandes affaires, elle en prendrait trop d'orgueil. C'est pourquoi Dieu a partagé entre les deux sexes les devoirs et les attributions, non d'une manière égale, afin d'éviter des contestations de prééminence, mais de telle sorte que l'homme ayant la part la plus importante et la plus utile, et la femme la moindre et l'inférieure, le mari fût plus honorable aux yeux de sa femme , et la femme plus soumise au mari. Donc, puisque nous savons cela, cherchons, avec la vertu, un caractère heureux, afin de