CHAPITRE XIV. m
goûter les charmes d'une aimable coDCorde et d'ane affection inaltérable. Car Thomme qui prend une femme plus riche que lui se donne un tyran plutôt quune épouse... Au contraire, celui qui la prend d'une fortune égale ou inférieure à la sienne , se donne une compagne et une aide , et introduit , avec elle, dans sa demeure toute sorte de biens... C'est la paix, c'est le bonheur, non l'argent, qu'il faut chercher dans le mariage. 11 a été institué, non pour remplir la maison de disputes , non pour enfanter les procès , non pour que les époux vivent dans une perpétuelle discorde , de manière à s'ennuyer de la vie, mais pour nous faire jouir d'un secours précieux , pour nous assurer un port , un refuge dans les tempêtes , pour nous rendre plus léger le fardeau des peines , pour que nous puissions être récréés par les doux entretiens de l'épouse».... La beauté corporelle , si elle n'est jointe à la vertu , peut captiver vingt , trente jours : mais bientôt le vice apparaît , et lattrait s'évanouit. Mais quand une femme possède la beauté de lame , elle embrase le cœur de son mari d'une flamme d'autant plus vive que le temps a rais plus en lumière ses mérites ; et une fois qu'un attachement de ce genre, ardent et sincère, existe, plus d'infidéhté à redouter. La pensée même d'un plaisir illégitime ne vient pas à l'homme qui aime ainsi sa femme : il se complaît dans son amour, et sa vie irréprochable lui attire la faveur de Dieu , sous les auspices duquel les époux jouissent d'un bonheur aussi pur que durable. C'est ainsi qu'ils procédaient dans le choix de leurs épouses, ces hommes vénérables des temps antiques, qui demandaient à la compagne de leur vie , non l'argent, mais la richesse de l'âme > . »
Pour être mieux compris , pour saisir plus puissanunent l'attention de son auditoire , l'orateur recourt à un exemple,
» Chrys., t. 3 , p. 217.
« M., ibid..
492 S. JEAN GHRYSOSTOME.
celui d'Abraham occupé du mariage de son fils. Il met en scène le vieux patriarche , et , s'affranchissant des formes sévères du discours , il raconte avec une verve naïve et piquante la mission donnée à Ëliézer, le voyage du fidèle serviteur, son arrivée dans la ville de Nachor, sa prière à Dieu. «Voyez-vous, s'écrie-t-il, la sagesse de cet homme"? 11 ne dit pas : Celle que je verrai sur un char ou dans une litière , entourée d'eunuques et d'esclaves , resplendissante de jeunesse et de beauté, ce sera Tépouse que vous destinez à mon jeune maître. Mais quoi? Celle à qui f aurai dit : Donne -moi ta cruche afin que je boive K — Excellent homme, que fais-tu? Ce que tu veux pour Isaac, c'est donc une femme d'assez basse condition , pour être employée à porter de l'eau et converser avec toi ? — Oui , répond-il , car j'ai reçu la mission de lui trouver, non pas une épouse riche ou illustre, mais- d'une belle âme. Bien souvent de jeunes filles occupées aux plus humbles travaux possèdent des vertus solides , tandis que d'autres , dans la splendeur des palais, se montrent lâches et méchantes. — Et comment sauras-tu que celle-ci est douée de ces précieuses qualités que tu cherches? — Au moyen d'un signe, réplique-t-il , certain et infaillible , celui que j 'indiquais toutà-l'heure ; car il annonce une âme qui aime et pratique l'hospitaUté... Mais, poursuit la Sainte-Écriture, il avait à peine fini de parler, que Rébecca sortait de la ville. Telles sont les prières des hommes de bien : avant même de les achever, ils sentent qu'elles sont exaucées. Donc, toi aussi , quand tu voudras te marier, ne t'adresse point aux hommes , encore moins à ces misérables femmes qui exploitent les infortunes d'autrui et ne songent qu'à obtenir le prix de leur courtage ; mais recours à Dieu , qui ne dédaignera pas d'être l'entremetteur de ton mariage; tu
t Genè8.,2i, 13.