‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 235 sur 282 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

connais sa promesse : Cherchez le royaume des deux, et tout le reste vous sera donné par surcroît * . Ne dis pas : Comment puis-je voir Dieu , m'entretenir avec lui , l'interroger ? Cest le langage d'une âme que n'éclaire pas la foi ; car Dieu peut Taire en un instant et sans paroles tout ce qu'il veut, et nous le voyons bien ici. Éliézer, en effet, n'entendit rien , n'aperçut rien ; mais debout sur le bord de la fontaine, il pria, et fut exaucé. Il n'avait pas cessé de parler, disent les saints Livres, que s^avança, portant sur ses épaules un vase d'eau, Rébecca, fille de Bathuel^ fils de Melcha, vierge parfaitement belle et à tout homme inconnue » . — Mais pourquoi célébrer la beauté de son corps? — Afin que tu remarques davantage la beauté de son âme et sa chasteté ; car la chasteté est une chose admirable , surtout si elle est jointe à la beauté. C'est pourquoi l'écrivain sacré , ayant à nous entretenir de Joseph et de sa vertu , parle d'abord de sa beauté avant de parler de sa continence; car la beauté n'est pas toujours une cause de chute , pas plus que la laideur une cause de chasteté. Que de femmes célèbres par la beauté l'ont été plus encore par la vertu ! Que d'autres d'une figure hideuse ont souillé de toute sorte d'impuretés une âme plus hideuse encore 2 ! »

Ici , l'orateur s'étend , avec complaisance , sur la modestie et les mérites de Kébecca, sur l'accueil plein de grâce qu'elle fait à l'envoyé d'Abraham , sur le prix que Dieu luimême attache à l'hospitalité bien exercée , et il continue :

« Maintenant qu'Éliézer a reçu la fiancée , voyons comment il dispose la fêle des noces. Appelle-t-il les cymbales, les flûtes , les danses , les tambours , et tout ce bruyant appareil? Non, certes, il prend la jeune fille seule, et part sous l'escorte de l'ange que Dieu, sur la demande d'Abraham , avait attaché à ses pas. Ainsi , la nouvelle

1 Math., 6, 33.

2 Chry8.,t. 3, p, 219, 220, etc.

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épouse marchait , sans être accompagnée ni de chants ni d'instruments de musique , la tête ornée de divines bénédictions , couronne plus précieuse qu'aucun diadème ; elle marchait vêtue , non de robes dorées , mais de modestie , de piété, d'hospitalité, de toutes les vertus; elle marchait, non dans un char fermé , mais sans aucun appareil , assise sur un chameau. Car, autrefois, avec les grandes qualités de l'âme, les jeunes filles possédaient la meilleure santé du corps : leurs mères ne les avaient pas élevées , comme aujourd'hui , au milieu des bains , des parfums , du fard , des vêtements douillets , et de ces mille délicatesses qui les énervent et les amollissent ; mais leur éducation était sévère et dure. C'est pourquoi , sans recourir à aucun artifice , leur beauté resplendissait de son éclat naturel , et leur santé égalait leur beauté , affranchies qu'elles étaient de toutes ces indispositions qui sont le fruit de la mollesse. Les travaux même auxquels elles se livraient étaient un excellent moyen d'écarter les maladies, de les rendre bien portantes et vigoureuses , et d'autant plus agréables et aimables à leurs maris : l'âme y gagnait autant que le corps. Donc, lorsque portée par son chameau , Rébecca fut arrivée au pays qui devait être sa demeure , elle leva les yeux , aperçut Isaac et sauta à terre. Voyez-vous sa vigueur , sa belle santé? Elle saute H bas de son chameau : tant elle unit la force à la modestie ! Et, s'adressant au serviteur qui raccompagnait: Quel est cet homtue, dit-elle, qm vient dans la campagne à notre rencontre? — C'est mon mailre, répondit le serviteur ; et alors elle prit son voile , et se couvrit « . — Remarquez combien elle est prudente et pudique! Tout atteste la pureté de son âme. Et Isaac ta prit pour épouse, et t affection qu'il eut pour elle fut si grande , qu'elle tempéra la douleur que la mort de Sara, sa mère , lui avait

1 Genèi., ti, 65.

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