‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 240 sur 282 · CHAPITRE XT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XT

populaire , mais aussi et surtout les grandes vues d'un moraliste profond , l'âme d'un bienfaiteur de l'humanité , le dévouement sublime d'un apôtre, le désintéressement, la constance, la charité héroïque d'un saint. Qu'importent la vivacité de quelques saillies , l'âprelé de certaines images , les audaces parfois étranges de sa parole î Qu'importe qu'un noble courroux l'entraîne par moments au-delà de ce que nous appelons le bon goût , les convenances sociales , ou que des amours- propres froissés, des vices bafoués se révoltent contre tel ou tel mot tombé de ses lèvres? Lui , il est aux prises avec un ennemi opiniâtre , perfîde , insolent , fatal à ceux qu'il aime , et il s'inquiète peu de le poursuivre- avec le glaive ou avec la boue ; ce qu'il veut , c'est de lui arracher ses victimes , et , s'il le peut , de le déshonorer en le brisant. Ses apparentes violences ne sont que les élans de sa charité ; et qu'il gronde , qu'il menace , qu'il caresse , qu'il lance la foudre ou le sarcasme , qu'il fasse rire ou pleurer , qu'il passe d'un portrait satirique à une effusion de tendresse , de l'éclat et de la majesté des prophètes à l'abandon d'un entretien familier , d'uu mot sublime à une image grossière , c'est toujours son grand cœur qui parle , toujours la haine du mal , la passion du bien , l'ardent amour des âmes , l'invincible désir d'éclairer, de convertir, de sauver. Ses défauts comme orateur lui sont imposés par son auditoire ; ils peuvent choquer aujourd'hui les esprits délicats , ils charmaient autrefois le peuple qui l'entendait ; heureux défauts , tribut payé par la charité aux besoins des âmes, ils étaient, eux aussi, un élément d'apostolat.

Écoutons-le parler. Après quelques mots à la façon de Bossuet sur le néant des richesses , sur la vraie grandeur de l'homme : « Laisse-là, s'écrie-t-il, l'ombre, la fumée, la paille, la toile d'araignée ; car je ne trouve pas de mot pour exprimer, comme il faudrait, la vileté des choses que tu estimes le

plus. Viens , ,sois homme , et que cette déoominatioQ de ta nature ne soit pas un mensonge. Comprenez^ous ce que j'ai dit? — le suis homme » dit celui-ci. — Souvent on est homme de nom , on ne Test pas de sentiments ; car, quand je te vois vivre en dehors des lois de ia raison , pourquoi fappeUerairje homme , et non bœuf? Quand je te vois livré à la rapine , pourquoi t'appellerai-je homme , et non loup ? Quand je te vois abandonné à la fornication , pourquoi f appellerai-je homme , et non pourceau ? Quand je te vois recourir à Tastuce , pourquoi Vappellerai-je homme , et non serpent? Quand je te vois plein de venin , pourquoi t'appellerai-je homme , et non aspic? Quand je te vois faisant tant de sottises, pourquoi t'appellerai-je homme, et non pas âne? Quand je te vois corrupteur de femmes, adultère , pourquoi t'appellerai-je homme , et non étalon? Quand je te vois désobéissant et stupide, pourquoi t'appellerai-je homme , et non pierre ? Tu as reçu de Dieu une nature noble , et tu ne sais que la dégrader ! Il est des hommes qui s'ingénient à faire participer les animaux , autant que possible , à la dignité de l'homme : ils font parler les perroquets, fis apprivoisent les lions: Quoi ! tu peux adoucir la férocité du lion , et tu deviens toi-même plus féroce qu'un loup t Ce qui est pis encore : ces brutes n'ont diacune qu'un vice , le serpent est rusé , l'aspic venimeux , le loup rapaee ; l'homme méchant a souvent tous les vices à la fois* Comment pouitai-je t'appeler homme , toi qui as dépouillé les insignes de la royauté, le diadème et la pourpre? Faiwns l'homme à noire ressemblance, a dit le Seigneur > ; souvienstoi , homme , de cette parole et de celui dont tu es l'image , et ne te réduis pas à la condition des brutes ! . . . . Gomment deviendrai-je un homme , me diras-tu? — En subjuguant ces pensées chamelles , absurdes , en t'arradiant à la fomica-

^ Genès., c. 1.

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