CHAPITRE XY. ItOS
tion, àravârice, cette tyrannie détestable. Viens ici, nous
fabriquons des hommes Loup ou serpent, je ferai de
toi un homme ; je changerai , non ta nature , mais tes sentiments 1 • »
 côté de cette sortie , dont la rudesse qui nous choque devait saisir puissamment l'auditoire , une autre homélie sur le même psaume célèbre en termes magnifiques la dignité de la nature humaine. « Inférieur par les forces physiques à la plupart des animaux, l'homme » dit -il, les surpasse tous par l'intelligeuce qui le rapproche de Dieu, et lui donne avec l'auteur de son être une sorte de parenté : c'est là le titre principal de sa grandeur. Par là , en effet , il a fondé les villes , sillonné les mers , cultivé la terre , inventé les arts , dompté les bétes féroces , et , ce qui est préférable et plus beau , il a pu connaître celui qui l'a créé , s'élever à la vertu, savoir ce qui est bien, ce qui est mal. Seul entre tous les êtres que nous voyons , il prie Dieu ; seul aussi , il en reçoit des révélations ; il a appris une foule de choses secrètes, ineffables, les choses même du ciel. Pour lui , la terre et le firmament ; pour lui , le soleil et les astres , les phases de la lune et l'harmonie des saisons ; pour lui , les fruits , les arbres et mille espèces d'animaux , et la nuit et le jour. Pour lui ont été suscités les apôtres et les prophètes; pour lui les anges sont descendus souvent ici-bas. Pour lui, le Fils unique de Dieu s'est fait homme , il a été crucifié , enseveli , il a opéré ces grands prodiges qui ont suivi sa résurrection. Pour lui, la loi; pour lui, le paradis; pour lui , le déluge ; car c'est aussi un grand honneur pour le genre humain que Dieu ait employé pour le rendre meilleur et les châtiments et les bienfaits. Qu'il doive paraître un jour au tribunal de Dieu , c'est encore une preuve de la dignité de sa nature. Pour lui, le Seigneur reviendra avec
1 Ghrys., m ps. 48, p. 505, t. 5.
une multitude de biens. Certes, il a daigné nous en conférer beaucoup par le baptême, par les sacrements, par cette autre initiation mystique de rEucharistie , par les miracles dont il a rempli la terre , et cependant il nous en a promis beaucoup plus encore ; il nous a promis le royaume des cieux, la vie éternelle, de nous traiter comme ses héritiers, de nous faire régner avec lui. C'est pourquoi le Prophète indigné parle avec un mépris souverain des hommes qui trahissent par le péché cette noblesse auguste, et par leurs sentiments descendent jusqu'à la brute >. •
Dans une autre circonstance, expUquant TEvangile de S. Mathieu, après avoir rappelé le meurtre de Jean- Baptiste , il s'écrie : « 11 y a encore aujourd'hui des festins semblables à celui-là. On n'y égorge pas Jean, mais les membres mêmes de Jésus-Christ , et bien plus cruellement. Ce n'est pas une tête sur un plat que demandent ceux qui dansent à ces fêtes : ce sont les âmes des conviés. Quand ils les ont enchaînés à eux , quand ils les ont poussés à des amours coupables, quand ils introduisent les cx)urtisanes^ ce n'est pas leur tête qu'ils leur enlèvent , mais leurs âmes qu'ils égorgent ; car ils en font des débauchés , des adultères , des infâmes. Et ne viens pas me dire qu'une fois pris de vin , appesanti par l'ivresse , tu vois une courtisane mêler à la danse des propos obscènes , sans rien éprouver pour elle , sans être vaincu par la séduction et poussé à la débauche. Tu éprouves du moins ceci, qui est horrible : c'est que les membres de Jésus-Christ deviennent les membres d'une prostituée. La fille d'Hérodiade n'est pas là ; mais le diable , qui dansa dans sa personne , danse aussi dans la personne de ces misérables ; il prend les âmes des convives, il les prend et les emporte avec lui. Mais supposons que vous évitiez l'ivresse : évitez-vous un autre péché bien plus
> Chrys., t. 5, p. 215.