‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 242 sur 282 · CHAPITRE XV. î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. î

grand ? Ces festins sont le fruit d'une foule de rapines. Regardez , non les viandes , non les gâteaux qui sont sur la table , mais d'où viennent toutes ces choses. Elles viennent de l'avarice, du vol, de la violence. — Non, dites-vous; telle n'est pas leur origine ; à Dieu ne plaise ! — Soit : je ne demande pas mieux. Mais si , de ce côté , ces grands repas sont irréprochables, le luxe que vous y déployez l'est-il aussi? Entendez en quels termes le Prophète condamne ce luxe , même quand la source n'en est pas impure : Malheur à votes gui buvez des vins recherchés et qui vous parfumez des premiers par fums « / Voyez-vous comme il s'élève contre ces délices ! Ce qu'il attaque , ce n'est point l'avarice , mais la sensuaUté. Quoi ! tu manges outre mesure quand le Christ n'a pas même le nécessaire ! On te sert à profusion les pâtisseries , lui n'a pas même un morceau de pain ! Tu bois le vin de Thasos , et tu ne lui as pas offert même un verre d'eau froide quand il avait soif ! Tu t'étends sur un lit moelleux , richement paré , et lui grelotte à l'air froid de la nuit ! Admettons que ta fortune ne soit pas le fruit du crime, tout cela n'en est pas moins inutile; et à Jésus-Christ tu refuses le nécessaire , à lui qui te donne de quoi vivre dans l'abondance. Si, tuteur d'un enfant , administrant son patrimoine , tu le laissais dans la misère , mille voix s'élèveraient pour t'accuser , les lois même te puniraient. Et tu as pris les biens du Christ, tu les prodigues en folles dépenses , et tu crois n'avoir pas de compte à rendre ! Je parle ainsi , non pour ceux qui introduisent des prostituées dans leurs fêtes : à de telles gens je n'adresse pas la parole , pas plus qu'à des chiens , ni à ceux qui dépouillent Jes uns pour rempUr le ventre des autres , je n'ai rien de commun avec eux pas plus qu'avec des porcs et des loups. Il s'agit de ceux qui jouissent de leurs richesses sans en

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faire part aux pauvres , de ceux qui dissipent foilemeut rbéritage paternel. Non, ceux-là non plus ne sont pasinno* cents. Et comment pourrais-tu échapper aux accusations , être sans reproches , quand un parasite se gorge à ta table , comme le chien qui est là , et que Jésus-Christ te parait indigne de s'y asseoir ; quand ce misérable qui te fait rire est comblé de tes dons , et que celui qui te promet la royaume des deux n'en reçoit pas la moindre psffcelle; quand Tun n'a qu'à dire un bon mot pour s'en aller repu , et que l'autre , qui nous enseigne des choses sans lesquelles nous ne dififèrerions en rien des animaux , ne mérite pas à tes yeux le même bienfait ! — Vous frémissez de ce que je dis ; frémissez donc de ce que vous faites > . »

Le vice le plus scandaleux alors , le plus incurable , celui qui défiait avec plus d'audace l'apostolat chrétien, c'était la cupidité , l'avarice , Tidolâtrie de l'argent , traînant à sa suite la rapine , l'usure , l'exaction , tous les crimes, tous les maux qui désolaient la société. C'est aussi, entre tous les ennemis de l'Évangile, le plus odieux à Chrysostôme , celui qu'il poursuit à outrance , à qui il ne laisse ni trêve ni merci, contre qui tout lui est bon, l'anathëme, le sarcasme, l'injure. C'est ici qu'on peut le trouver parfois vulgaire , trivial, emporté même et \iolent. Mais ces images qui choquent , ces plaisanteries qui étonnent sont aussi le cri de la charité indignée ; ces trivialités , qui fustigent Taoïsme insolent et cruel , ont un côté sublime ; ces colères sont d'un prophète, non d'un tribun, et cette ironie, parfois si amère , fait penser à la terrible ironie qui attend les pécheurs au tribunal de Dieu.

< L'avarice , s'écrie le saint orateur, est une idolâtrie ; elle veut des sacrifices , elle égorge les âmes par la faim , par le désespoir ; ses autels sont abominables. Approchez

' Hom. 48 in Math., t. 7, p. 500.

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