‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 245 sur 282 · CHAPITRE XV. »i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. »i

chrétiens, des misérables qui prennent pour intérêt la moitié du capital < . Certes ce n'était pas la faute de l'Église si de telles horreurs attristaient son regard et souillaient Thumanité. Elle n'avait cessé d'attaquer, de poursuivre de l'autorité de ses enseignements , du zèle de ses ministres , de ses plus sévères anathèmes , le monstre odieux qui vit de la substance du pauvre, l/offrande de l'usurier était repoussée de l'autel > , l'usure condamnée sous ses formes les plus adoucies, tout profit du prêt, en vertu du prêt , absolument interdit. Laissons parler Chrysostôme : tous les Pères, du reste , ont parlé comme lui » .

« Ne trafiquons pas du malheur de nos frères , ne changeons pas en lucre la charité. Je sais que bien des gens ici ne m'entendent qu'avec peine sur ce sujet; mais de quel avantage serait mon silence ? Vous sauverait-il du supplice

étemel? Au contraire, il aggraverait vos périls, et,

vous et moi , nous en serions également victimes. A quoi bon des ménagements qui , loin de produire aucun bien , ne peuvent que nuire? Quoi ! Vous aduler en paroles et vous perdre en réalité ! Caresser vos oreilles et précipiter vos âmes! Il faut que vous soyez affligés dans ce monde, pour n'être pas punis dans l'autre. Un mal, en effet, un terrible mal et qui a besoin d'un puissant remède , a envahi l'Église. Des hommes auxquels il est défendu d'accumuler Jes profits même légitimes de leurs travaux , à qui il est ordonné de faire part aux indigents de leur bien-être, cherchent à s'enrichir de la pauvreté de leurs frères; ils ont inventé un vol déguisé, une manière de colorer l'avarice. Ne m'objectez pas les lois civiles. Le publicain s'y conforme, et n'en est pas moins condamné. Nous aussi nous le serons,

1 Chrys., in Math. hom. 61, t. 7, p. 6U. 3 Constit. apost., 4, 6.

5 S. Bas., ad AmphiL , c. 14. — S. Greg. Naz., orat. 15. — S. Aug., ep. 153. — S. Hier., m c. 18 Eiechiel.

»i4 S. JEAN CHRYSOSTOME.

si nous ne cessons d'écraser le pauvre , et , à l'occasion de sa détresse et de ses besoins , d'exercer une impudente usure. Ton argent, tu Tas pour alléger le fardeau du malheur, non pour l'aggraver ; et voilà qu'en ayant l'air de lui porter secours, tu ne lui apportes, en réalité, qu'un surcroît de peine* tu lui vends ta libéralité. Vends, je n'y fais pas obstacle, mais pour le royaume des cieux. L'intérêt du centième est trop peu , demande la vie immortelle. Pourquoi t'appauvrir? Pourquoi avoir l'âme si basse que de vendre à vil prix , et donner contre un argent périssable les plus grandes choses ? Pourquoi laisser Dieu et recourir à l'homme , laisser le riche et tourmenter le pauvre , celui qui est généreux pour traiter avec un ingrat? L'un est empressé à rendre, l'autre ne paie qu'à contre -cœur. L'un te donne à peine un pour cent * , Fautre cent pour un et le ciel en sus. L'un te maudit , l'autre te comble de bénédictions. L'un tâche d'attirer sur toi la haine publique , l'autre te prépare des couronnes brillantes. Lun a de la peine à s'acquitter dans cette vie , lautre s'acquitte dans celle-ci et dans la vie à venir. Vraiment ,. n'est-ce pas stupide de s entendre si mal faire valoir son argent ? Combien , pour obtenir de plus gros intérêts , ont perdu le capital ! Combien , par une incroyable rapacité , se sont jetés eux-mêmes, avec beaucoup d'autres , dans la dernière indigence ! Ne me dis pas que celui à qui tu prêtes ton argent , le reçoit avec plaisir et l'en sait gré ! S'il en est ainsi , c'est ta dureté qui en est cause. . . Tu refuses de Tobliger gratuitement , et voilà comment il est réduit à te remercier de ta cruauté. Je puis donc croire que si tu sauvais la vie à un de tes semblables, tu lui demanderais le salaire de ce service. — A Dieu ne plaise! diras -tu. — Quoi! tu rougirais d'être payé pour tirer un homme d'un grand péril, et tu te montres si

1 II s'agit de 1 pour ^/^ par mois.

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